CHU de Pointe-à-Pitre : de nouvelles analyses sont nécessaires pour déterminer la dangerosité des locaux

Par Damien Coulomb
Publié le 18/04/2018
- Mis à jour le 15/07/2019
CHU Guadeloupe Incendie 28 novembre

CHU Guadeloupe Incendie 28 novembre
Crédit photo : H. Valenzuela/AFP

Davantage d'analyses seront nécessaires pour déterminer si l'exposition prolongée à l'air des locaux du CHU de Guadeloupe représente un danger pour le personnel. L'agence régionale de santé (ARS) de Guadeloupe a en effet rendu public les conclusions de 2 rapports intermédiaires qui doivent aider à dessiner les contours du futur plan de réorganisation du CHU. Le premier est le produit du travail du Dr Jacques Manel, chef du service antipoison du CHU de Nancy, et le second, celui du centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA).

Le Dr Manel était chargé de donner un avis sur les conséquences du sinistre, les mesures de confinement et les opérations de nettoyage mises en œuvre, et sur les éventuels risques à maintenir le CHU en activité. En l'absence de mesures de la présence de particules fines ou d'hydrocarbures aromatiques polycycliques, le Dr Manel n'a pas été en mesure de réaliser une évaluation du risque sanitaire. C'est pourquoi des investigations complémentaires sont en cours de réalisation, avec notamment l’identification des toxines émises par les champignons par le centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB).

Dans son rapport, le Dr Manel préconise de ne pas nettoyer les conduits de ventilation, de le condamner, et d'assurer la circulation d'air par un système extérieur au bâtiment. Lors d'un entretien accordé au « Quotidien », le Dr Denux avait annoncé l'arrivée prochaine et la mise en service d'un tel système.

Pas de signes cliniques inquiétants

En complément du travail du Pr Manel, le Pr Gilles Edan, chef du Pôle Neurosciences du CHU Pontchaillou à Rennes, a mené pour sa part des investigations sur les cas de malaises survenus au CHU. « Les choses vont dans la bonne direction, explique-t-il au « Quotidien », il n'y a pas de signes cliniques qui laissent penser à des lésions définitives des structures neurologiques. »

Pour le Pr Edan, l'hypothèse privilégiée qui expliquerait les malaises serait la présence dans l'air de mycotoxique. Ces constatations « ne signifient pas que l'on peut utiliser les locaux en ce moment, prévient-il, mais cela reste rassurant pour les personnels atteints ». Le Pr Edan réserve toutefois son jugement définitif jusqu'à ce qu'il ait pu « comparer les relevés IRM des patients pour vérifier qu'il n'y a pas des motifs communs préoccupants ». Pour l'heure, il n'existe pas de lien causal entre une exposition à un produit toxique particulier et les malaises observés, qui peuvent être rassemblés sous l'appellation « syndromes du bâtiment malsain ».

Nettoyage en site occupé possible

Le rapport de la CEREMA confirme quant à lui la possibilité de nettoyage en site occupé de la tour Sud, sous réserve d’un confinement complet des zones en cours de nettoyage, et notamment l'obturation de tous les départs de gaine. Le CEREMA suggère aussi une recherche des agents biologiques pour garantir l'efficacité du nettoyage. La réoccupation des locaux des urgences adultes n'est, en revanche, pas envisageable, selon le CEREMA relayé par l'ARS. Il faudra pour cela une « dépollution complète de l'étage technique [...] il en est de même pour les blocs situés à l'étage supérieur ». Les hospitalisations en urgence se déroulent actuellement sous des tentes, et l'hôpital n'a plus accès à ses 12 blocs chirurgicaux.

Une réunion entre la nouvelle directrice de l'ARS, le Dr Valérie Denux et les autorités nationales doit se tenir à la fin de la semaine à Paris. Pour l'heure, seule la première phase de la réorganisation, c’est-à-dire l'évacuation et le nettoyage de la tour Nord, est décidée. Une incertitude demeure en ce qui concerne la seconde phase, qui consistera soit en un nettoyage de la tour Sud en maintenant le site occupé, soit en une délocalisation partielle de cette partie du CHU pendant 7 ans, le temps d'un nettoyage et d'une remise aux normes.


Source : lequotidiendumedecin.fr