Cancer du col de l'utérus : bientôt une maladie rare en Australie, selon des estimations

Par Charlène Catalifaud
Publié le 10/10/2018
- Mis à jour le 15/07/2019
papillomavirus

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Crédit photo : Phanie

En mai 2018, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) appelait à une action mondiale coordonnée pour éliminer le cancer du col de l'utérus. En maintenant les niveaux actuels de dépistage et de vaccination contre le papillomavirus (HPV), l'Australie peut à son échelle espérer éradiquer le cancer du col de l'utérus d'ici à 2028. C'est en tout cas la conclusion d'une équipe de chercheurs australiens qui a estimé l'incidence de ce cancer sur la période allant de 2015 à 2100. Ces résultats sont publiés dans « The Lancet Public Health ».

« À notre connaissance, cette étude représente la première estimation du temps nécessaire pour éliminer le cancer du col de l'utérus à une échelle nationale », soulignent les auteurs.

Un programme de vaccination financé publiquement

En matière de lutte contre le cancer du col de l'utérus, l'Australie fait figure d'exemple. Dès 1991, le pays met en place un programme de dépistage, dont les modalités ont été modifiées fin 2017. Désormais, le dépistage cytologique tous les 2 ans chez les femmes de 18-20 ans à 69 ans est remplacé par un dépistage primaire du HPV tous les 5 ans pour les femmes de 25 à 69 ans et des « tests de sortie » pour les femmes de 70 à 74 ans.

L'Australie est de plus le premier pays à avoir financé publiquement un programme de vaccination, lancé en 2007. La vaccination des filles et des garçons de 12-13 ans est recommandée, les garçons ayant été inclus en 2013. En 2016, le taux de filles et de garçons de 15 ans ayant eu les trois doses de vaccin était respectivement de 78,6 et 72,9 %. Depuis cette année, le Gardasil 9, vaccin nonavalent également disponible et remboursé en France, a remplacé le vaccin quadrivalent. Ce nouveau vaccin protège contre les HPV impliqués dans près de 90 % des cas de cancer de l'utérus.

Des efforts à poursuivre

Actuellement, l'incidence annuelle du cancer du col de l'utérus est de sept cas pour 100 000 femmes. En utilisant un modèle appelé Policy1-Cervix prenant en compte les diverses modalités de dépistage et de vaccination, les chercheurs ont montré que cette incidence pourrait atteindre dans les prochaines années « des seuils potentiels d'élimination de la maladie ». En effet, ils ont estimé que l'incidence annuelle atteindrait moins de six nouveaux cas pour 100 000 femmes d'ici à 2020 et moins de quatre cas pour 100 000 femmes d'ici à 2028.

Cette incidence pourrait même diminuer jusqu'à un cas pour 100 000 d'ici à 2066 dans le cas où le dépistage tous les 5 ans est maintenu chez les femmes qui ont bénéficié du vaccin nonavalent. En revanche, chez les femmes non dépistées, l'incidence annuelle se situerait plutôt à trois cas pour 100 000.

Quant au taux de mortalité, il pourrait atteindre moins d'un cas pour 100 000 femmes d'ici à 2034.

« Les initiatives de dépistage et de vaccination devront être maintenues pour maintenir des taux d'incidence et de mortalité du cancer du col de l'utérus très faibles », précisent les auteurs.

« Ces résultats sont logiques. Étant donné le niveau de couverture vaccinale, le facteur de risque HPV va disparaître. De plus, ces estimations sont cohérentes avec de précédentes études britanniques et canadiennes », indique au « Quotidien » Isabelle Heard, expert au centre international de recherche sur le cancer (IARC) et ancienne directrice du centre national de référence pour les papillomavirus, en commentaire de cette étude.

Elle déplore, en revanche, la situation française : « Nous sommes loin d'atteindre l'objectif souhaité par l'OMS. Il faudrait vacciner tous les enfants de 11-12 ans, garçon ou fille, pour espérer l'atteindre ». En France, l'ouverture de la vaccination HPV aux garçons est discutée.

Du côté des États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) vient d'approuver l'extension d'utilisation du Gardasil 9 chez les femmes et les hommes de 27 à 45 ans. Pour Isabelle Heard, cette mesure coûteuse n'est pas forcément justifiée : « Nous ne pouvons pas savoir si une femme a déjà été en contact avec le HPV ; or si elle l'a déjà été, le vaccin n'est d'aucune utilité, il est donc difficile de voir le bénéfice chez des femmes de 40 ans. »