Au CHU de Toulouse, énième « pique-nique de la colère » des personnels, les médecins se désolidarisent

Par Béatrice Girard
Publié le 01/04/2019
- Mis à jour le 15/07/2019

Piquets de grèves et coups d’éclats se multiplient au CHU de Toulouse où les syndicats estiment que permanence et sécurité des soins ne sont plus assurées. 

Neuf mois après l’arrivée de Marc Penaud à la direction du CHU de Toulouse, la situation avec certains syndicats de personnels ne semble pas s’être apaisée. La CGT organise ce jeudi son troisième « pique-nique de la colère » pour dénoncer le manque d'effectifs à l'hôpital des enfants, à Purpan.

Accueilli par un message en forme de SOS par le personnel inquiet à sa prise de fonction, le directeur général confiait « au Quotidien du Médecin » à l’automne dernier « entendre la souffrance des soignants et mettre en œuvre des choses simples qui pourraient leur redonner du temps, sans que cela ne nécessite forcément la création de postes ». Mais côté syndicats, les revendications et la grogne sont intactes. Très installée dans les instances représentatives (45 % des voix aux dernières élections professionnelles, sept sièges sur 15 remportés), la CGT n’en démord pas : « Ce sont avant tout des postes qu’il manque au CHU : 527 personnes en équivalent temps plein pour travailler dans des conditions à peine normales. » 

Vu le point de blocage, l’hôpital a décidé de réagir dans un communiqué officiel envoyé à la presse et à tous les professionnels de l’hôpital pour répondre point par point – et sur un ton plutôt ferme – aux revendications syndicales en matière de qualité, sécurité et continuité des soins. « Alors que se multiplient les préavis de grève, les prises de paroles voulues alarmistes dans les instances institutionnelles, la direction du CHU de Toulouse souhaite prendre la parole […]. Le remplacement des agents qui peuvent être absents pour des raisons de santé ou des raisons personnelles, est assuré quotidiennement par des cadres investis […]. Aucune stratégie de rétractation de grévistes au dernier moment ne sera acceptée car elle vient désorganiser le service minimum défini au regard des besoins des patients. »

20 CHSCT en un an

Interrogé sur sa vision de la situation sur le terrain, le Pr Laurent Schmitt, président de la commission médicale d'établissement (CME) explique pourquoi les médecins se tiennent à l'écart du conflit. « Je peux vous dire que le projet d’établissement a été voté par 36 voix pour et une seule contre au sein de la CME, ce qui prouve bien qu’au CHU, les médecins ne se reconnaissent pas vraiment dans cette façon de revendiquer. » Quant aux demandes de créations de postes pour faire face aux pics d’activité et empêcher les fermetures de lit, là aussi, il préfère relativiser.

« Tous les hôpitaux font face à des pics d’activités en hiver et cela a été aussi le cas chez nous, avec les épidémies de bronchiolite et de grippe. Quant aux fermetures de lits comme cela a été le cas exceptionnellement l’été dernier en néonatalogie, elle n’a pas remis en question la sécurité des soins », indique le PU-PH, car les lits concernés n’étaient pas des lits d’urgence mais des lits de soins et il n’y a pas eu d’évacuation de patients vers d’autres structures. Il souligne par ailleurs la forte attractivité du CHU auprès des jeunes médecins. « Nous avons plus de 100 demandes de postes pour intégrer l’hôpital en valence de PU et de praticiens hospitaliers, je pense que si nous rebutions, il n’y en aurait pas autant. » Sur ces points qui cristallisent fortement le débat entre syndicats de personnels et direction, le président de la CME estime finalement « que ce n’est pas aux médecins de porter un avis, d’autant que ces derniers n’ont pas accompagné ces mouvements qui traduisent avant tout des positions politiques et syndicales fortes. D’ailleurs, pas moins de 20 CHSCT ont été organisés au CHU depuis le début de l’année, je pense que l’on ne voit ça nulle part ailleurs en France. » Ambiance.


Source : lequotidiendumedecin.fr