Déremboursement total de l'homéopathie en 2021 : après l'arbitrage politique, la polémique repart de plus belle

Par Cyrille Dupuis
Publié le 10/07/2019
- Mis à jour le 10/07/2019

Crédit photo : PHANIE

La décision du gouvernement d'un déremboursement total de l'homéopathie au 1er janvier 2021 (avec une année transitoire à 15 % en 2020) a provoqué une vague de réactions médicales, politiques et industrielles, relançant la controverse qui sévit depuis 15 mois. 

Dans l'entretien au « Parisien » où elle explique longuement l'arbitrage de l'exécutif, Agnès Buzyn assume pleinement sa décision, fondée sur l'avis scientifique sans ambiguïté de la HAS, une institution qu'elle a elle-même présidée. L'hématologue a opté pour un déremboursement total en deux étapes pour « se laisser le temps de la pédagogie et accompagner les patients » mais aussi laisser aux industriels « le temps de s'organiser ».

18 euros par an

Sur l'argument du pouvoir d'achat fragilisé des ménages, elle fait valoir que la somme moyenne remboursée est de 18 euros par an, soit 1,50 euro par mois pour les médicaments homéopathiques remboursés (une grande partie ne le sont pas) consommés par sept millions de Français. Elle assure enfin que « ne pas prendre d'homéopathie n'entraîne pas un report vers plus de médicaments ou d'examens »

La ministre ne se prononce pas en revanche sur l'enseignement universitaire de l'homéopathie. « Ce sont aux doyens des universités de trancher », affirme-t-elle, précisant toutefois que « ni l'homéopathie, ni son enseignement n'ont vocation à être interdits ».    

Les jeunes applaudissent...

La décision a été vivement saluée ce mercredi comme une « victoire de la science » par le collectif FakeMed, à l'origine de cette bataille à la faveur d'une tribune publiée en mars 2018 chez nos confrères du « Figaro ». Mais pour ce collectif de jeunes médecins, le déremboursement total de l'homéopathie n'est qu'une étape. « Nous demandons que le Conseil national de l'Ordre des médecins ainsi que les doyens des facultés de médecine jouent leur rôle en supprimant toute qualification en une pratique de soin non conventionnelle et en faisant cesser toute formation universitaire dans ces disciplines », expose le collectif.

L'Association des étudiants en médecine de France (ANEMF), qui s'était également prononcée en faveur du déremboursement total de l’homéopathie, applaudit le choix du gouvernement mais estime que la réflexion n’est pas terminée. « L’apprentissage du bon usage du médicament par les patients devra passer par une meilleure formation des soignants, notamment avec l’aide des sciences humaines et sociales, souligne l'association des carabins. Seule une véritable alliance thérapeutique permettra de tendre vers une prise en charge plus humaine et performante. » 

Bertrand, Collomb, Morin et Rivasi au chevet des granules  

À l’inverse, plusieurs responsables politiques ont déploré le choix du gouvernement, à commencer par Xavier Bertrand, président de la région Hauts-De-France et ancien ministre de la Santé.  

Gérard Collomb, maire de Lyon, a lui aussi réitéré ses craintes pour l'emploi.

Quant à Michèle Rivasi, députée européenne EELV et agrégée en biologie, elle juge que le déremboursement de l'homéopathie traduit « une vision réductionniste de la science et de la médecine ». « Voici revenu le temps de l'inquisition, de l'uniformisation, de la science réductionniste, martèle la députée. Cela va entraîner le retour des guérisseurs sans formation. »

S'agissant de l'impact industriel, la directrice générale des laboratoires Boiron (leader mondial du secteur), Valérie Lorentz-Poinsot, interrogée sur Europe 1, a évoqué à nouveau ce mercredi une menace pour 1 000 emplois.     

Dans un entretien au « Monde », Valérie Lorentz-Poinsot se tourne à nouveau vers l'Élysée et menace de saisir le Conseil d'État pour « excès de pouvoir ». 

Le Syndicat des médecins homéopathes furieux 

Enfin, le Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF) affiche ce mercredi sa « colère » et condamne la« décision aberrante » du déremboursement. « La ministre des Solidarités et de la Santé porte un coup extrêmement dur à la liberté de choix des patients, en même temps qu'elle choisit de mépriser la pratique quotidienne de milliers de médecins engagés au service de leurs patients, qui ne sont nullement des malades imaginaires », accuse le syndicat. 

Au-delà, le SNMHF dénonce « le climat insidieux dans lequel ce déremboursement a été orchestré ». « Qui peut s'arroger le droit d'exclure une approche thérapeutique sans considération de l'avis des premiers intéressés, les médecins et leurs patients, et transformer peu à peu la médecine en un champ de connaissances monolithiques ? L'OMS n'invite-t-elle pas les États à soutenir et à encadrer l'intégration des différentes thérapeutiques ? C'est le chemin inverse que prend la France. »


Source : lequotidiendumedecin.fr