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Feu vert à la généralisation mais…

La profession jugera sur pièces le Dossier Médical Partagé

Publié le 08/11/2018
La profession jugera sur pièces le Dossier Médical Partagé

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SEBASTIEN TOUBON

Philippe Douste-Blazy en rêvait, Agnès Buzyn l'a fait, du moins sur le papier. Presque15 ans après la première présentation du DMP, la ministre de la Santé a annoncé la généralisation de cet outil dans sa version modernisée de dossier médical partagé – et non plus personnel.

« Le DMP doit devenir une évidence », a lancé la ministre de la Santé, qui n'entend pas échouer dans le déploiement de ce « progrès majeur au service des patients ». La locataire de Ségur a lancé mardi en grande pompe une campagne de communication à destination des Français avec un slogan censé faire mouche : « DMP. La mémoire de votre santé ». Et pour convaincre les professionnels, le ministère et la CNAM optent pour une stratégie fondée sur... la facilité.

Facilité d'ouverture d'abord puisqu'il est désormais possible de créer son DMP en pharmacie, à l'accueil d'une caisse primaire ou sur internet, là où seul le médecin était habilité à le faire jusqu'à présent. Facilité d'alimentation ensuite avec l'ajout automatique de l'historique des remboursements des actes et médicaments sur les deux dernières années. Facilité d'accès enfin avec l'adaptation du DMP aux logiciels métiers.

La CNAM, surtout, estime avoir tiré les leçons de l'expérimentation lancée dans neuf territoires pilotes. Objectif : 40 millions de DMP d'ici à 2022. Les premiers résultats seraient encourageants. En 18 mois, 550 000 nouveaux dossiers ont été ouverts.

C'est avec cette recette qu'Agnès Buzyn espère réussir là où ses prédécesseurs se sont cassé les dents. Annoncé en 2004 par Philippe Douste-Blazy qui espérait voir le projet réussir « en trois mois », le DMP avait été relancé successivement par Xavier Bertrand en 2007 et Roselyne Bachelot en 2010. Deux échecs cuisants et coûteux. En 2013, la Cour des comptes estimait à « au moins 210 millions d'euros » la douloureuse pour l'ouverture de 200 000 DMP, dont la moitié… complètement vide.

Il faudra attendre 2016 pour que Marisol Touraine tente de redonner vie au projet en le mettant entre les mains de la CNAM. Pour ne pas reproduire les erreurs du passé, l'assurance-maladie fixe prudemment à 15 millions d'euros par an le coût de ce DMP nouvelle génération.

Les médecins sur la réserve

Est-ce la fin de ce serpent de mer ? Rien n'est moins sûr. Plusieurs points restent à clarifier. La technique devra être éprouvée (lire aussi page 3) : alors que la CNAM assure que 69 % des logiciels métiers sont déjà compatibles, la CSMF conditionne la réussite du DMP à « l'évolution urgente de tous les logiciels professionnels ».

Sujet sensible, la rémunération questionne aussi les praticiens libéraux. Le SML appelle à l'instauration d'une « rémunération incitative » pour le « temps passé par les médecins à ouvrir des DMP » alors que la CSMF s'en tient à demander le financement de « l'élaboration d'un volet de synthèse médicale par le médecin traitant », dont il est nécessaire de « structurer » les données. De son côté, le Dr Jean-Paul Hamon met en garde contre un effet d'annonce. Le patron de la FMF se rappelle amèrement les promesses de Xavier Bertrand : « nous n'aurons pas les Jeux Olympiques en 2012 mais nous aurons le DMP en 2007 ».

Attention au coup d'épée dans l'eau, alerte enfin le Dr Jacques Battistoni. « Ce n'est pas un outil de travail mais juste un dossier, ce n'est pas ce dont les généralistes ont besoin aujourd'hui », avertit le président de MG France. « Le DMP doit démontrer son intérêt, aujourd'hui il n'en a pas. »

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