Deux décès, une cinquantaine de cas : l'Algérie touchée par le choléra, les autorités critiquées

Deux décès, une cinquantaine de cas : l'Algérie touchée par le choléra, les autorités critiquées

Coline Garré
| 27.08.2018
  • choléra

Quelque 49 cas confirmés de choléra sur 139 hospitalisés ont été recensés en Algérie depuis début août ; parmi eux, deux personnes sont décédées, selon le dernier bilan officiel en date du 26 août, tandis qu'une polémique grandit sur le manque de réactivité des pouvoirs publics. 

La dernière épidémie d'ampleur remonte à 1986 (4 500 cas) et aucun cas n'avait été signalé depuis 1996. Mais depuis le 7 août, plusieurs cas de gastro-entérite aiguë avec diarrhées profuses choréiformes sont survenus dans des localités isolées dépendant de trois wilayas (préfectures) différentes : Bouira, Blida (où se concentrent les deux décès), et Tipaza. Depuis, trois autres territoires sont touchés : Alger, Médéa et Ain Defla. Selon l'institut Pasteur d'Algérie, l'identification du germe en cause, dans les prélèvements de selles de patients, a révélé la présence de Vibrio cholerae O1 Sérotype Ogawa. Tous les patients sont pris en charge à l'établissement hospitalier spécialisé Laadi Flici (ex-El Kettar) ou à l'Établissement hospitalier public (EPH) de Boufarik. 

Une source naturelle dans la wilaya de Tipaza s'est révélée contaminée par le vibrion cholérique et a été condamnée et interdite à la consommation. Une dizaine d'autres points d'eau à Blida sont également toxiques. 

Les autorités suspectent également une contamination par les fruits et légumes, puis une contamination au sein des familles. 

En revanche, l'eau du robinet acheminée par les canalisations contrôlées de l'Algérienne des eaux n'est pas incriminée.

Deux semaines pour réagir 

Les médias algériens dénoncent des dysfonctionnements, des zones d'ombre et un long silence du gouvernement dans la gestion de la crise, notant qu'il a fallu près de deux semaines aux autorités pour annoncer officiellement la résurgence du choléra, le 23 août. « Il paraît clair que les autorités étaient au courant bien avant cette déclaration », affirme le quotidien « Liberté », disant être en possession d'une note de huit pages du ministère de la Santé datée du 22 août, alertant les préfectures et structures de santé. 

Le quotidien « El Watan », ainsi que le média en ligne « Tout sur l'Algérie (TSA) » dénoncent le silence des ministres concernés, ceux de la Santé, de l'Intérieur, des Collectivité territoriales, des Ressources en eaux, ou encore de l'Agriculture.  

« On ne peut pas annoncer la maladie avant le diagnostic positif, on était dans un cadre de suspicion. Dès qu'on a eu la confirmation, on l'a dit », a tenté de se défendre le ministre de la Santé Mokhtar Hasbellaoui, le 26 août, lors d'une visite à l'hôpital de Boufarik. Il a cherché à rassurer la population en assurant que « tous les moyens étant mis en œuvre, l'épidémie serait éradiquée dans les trois prochains jours »

Mais c'est plutôt le doute qui émane de la lecture des réseaux sociaux. « Le manque d'informations concernant l'origine de la maladie a provoqué une phobie chez les Algériens », observe le journal arabophone « El Khabar ». 

Des recommandations de l'institut Pasteur 

L'institut Pasteur d'Algérie appelle à consulter le centre de santé le plus proche en cas d'apparition brusque d'une diarrhée profuse, sans fièvre ni douleurs abdominales, accompagnée parfois de vomissements. Lorsque des crampes douloureuses au niveau des membres inférieures apparaissent, le risque vital est en jeu : le malade doit être évacué vers l'hôpital. 

Il est rappelé que le patient, ses mains, selles et vomis présentent des risques, ainsi que ses vêtements, des serviettes souillées, les objets qui ont pu lui servir, et les sanitaires. 

La population est invitée à se laver les mains fréquemment, à laver les fruits et légumes et à bien cuire les aliments. 

 

Comment le choléra a gagné en virulence au sein de son prédateur, l'amibe 

La bactérie du choléra, Vibrio cholerae, se multiplie dans les milieux aquatiques. Des chercheurs de l'École polytechnique fédérale de Lausanne montrent dans « Nature Communications » comment la pression de prédation a conféré au bacille des facteurs de virulence chez l'homme : la sécrétion de toxines cholériques et sa grande mobilité par les flagelles. 

L'équipe suisse dirigée par Mélanie Blokesh avait précédemment montré comment V. cholerae résistait à la digestion au sein de l'amibe, l'un de ses prédateurs, et comment la bactérie arrivait à mettre en place une niche pour se répliquer au sein d'une organelle de son hôte. 

Dans cette nouvelle étude, les scientifiques sont allés plus loin en décrivant les mécanismes moléculaires mis en jeu dans sa survie au sein de l'amibe et son échappée dans l'environnement, après la mort de l'amibe. Les enzymes extracellulaires (toxines) et la mobilité par les flagelles apparaissent être des éléments clefs pour la réplication et la transmission du pathogène dans son environnement aquatique.

Pour Melanie Blokesch : « (Ces nouvelles données) soutiennent l'hypothèse selon laquelle la pression de prédation peut sélectionner des traits spécifiques qui peuvent avoir des rôles doubles - dans l'environnement et au sein des humains infectés. »

Dr Irène Drogou

 

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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