Une étude australienne montre que le recours à la PrEP s'accompagne d'un recul rapide du préservatif

Une étude australienne montre que le recours à la PrEP s'accompagne d'un recul rapide du préservatif

Charlène Catalifaud
| 07.06.2018
  • prEP

    Une étude australienne montre que le recours à la PrEP s'accompagne d'un recul rapide du préservatif

Depuis son arrivée en Australie, de manière d'abord confidentielle en 2014-2015, puis à plus grande échelle en mars 2016, la prophylaxie préexposition (PrEP) fait de plus en plus d'adeptes. Une augmentation qui s'accompagne d'une baisse de l'utilisation du préservatif selon une étude publiée dans « The Lancet HIV ». « Une constatation logique », commente pour le « Quotidien » le Pr Jean-Michel Molina du service des Maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Saint-Louis et responsable scientifique de l'essai ANRS Ipergay menée en France sur la PrEP.

L’efficacité de la PrEP du même ordre que celle du préservatif

Cette étude a inclus 16 827 hommes de 16 ans et plus ayant indiqué avoir eu des rapports sexuels avec des partenaires masculins occasionnels au cours des 6 derniers mois. Ils ont été suivis via des questionnaires entre 2013 et 2017.

D'un côté, le nombre d'hommes séronégatifs ayant recours à la PrEP augmente : ils étaient 24 % en 2017 contre 2 % en 2013. De l'autre, l'utilisation du préservatif est en recul chez les hommes (46 % en 2013 et 31 % en 2017), essentiellement chez ceux utilisant la PrEP. En effet, la proportion d'hommes séronégatifs déclarant des rapports sans préservatif avec des partenaires occasionnels et ayant recours à la PrEP était de 1 % entre 2013 et 2015, de 5 % en 2016 et de 16 % en 2017. En revanche, la proportion d'hommes séronégatifs n'ayant pas recours à la PrEP et ayant des rapports sans préservatif est relativement stable au fil des années (environ 30 %).

« Cette observation, nous l’avons faite également dans les autres pays où la PrEP a été mise en place. Elle n'a rien de surprenant étant donné que la PrEP prévient très efficacement le risque d’une infection par le VIH, comme le préservatif », estime le Pr Molina, qui n'hésite pas à faire le parallèle avec l'arrivée de la pilule qui a pris le pas sur le préservatif pour prévenir les grossesses. « La PrEP offre une nouvelle option à ceux qui ont dû mal à utiliser le préservatif et qui veulent se protéger du risque d’une infection par le VIH », rappelle-t-il.

Le nombre d'infections en baisse

En parallèle du déploiement de la PrEP en Australie, le nombre de nouvelles infections par le VIH a diminué de 16 et 11 % entre 2016 et 2018 respectivement dans les États de Victoria et de Nouvelle-Galles du Sud. « Cela témoigne du bénéfice collectif de la PrEP », selon le Pr Molina. Il ajoute : « La proportion d'hommes qui sont protégés vis-à-vis du VIH est plus importante avec l'arrivée de la PrEP ».

Pour les auteurs, l'effet de la mise en place de la PrEP devrait être davantage étudié au niveau de la population afin « d'examiner la façon dont les programmes d'éducation peuvent guider et répondre à la diversification des pratiques de prévention du VIH à l'ère de la PrEP ». Selon eux, la PrEP pourrait engendrer une diminution de l'utilisation du préservatif dans les populations qui en avaient une utilisation élevée, et donc une augmentation des autres infections sexuellement transmissibles.

Le Pr Molina précise que « les hommes ayant recours à la PrEP bénéficient d'un suivi médical trimestriel. Ils sont dépistés régulièrement pour le VIH et les autres IST, ce qui permet un diagnostic et un traitement précoce ».

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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