Cancer du sein métastasé : une immunothérapie personnalisée a permis une rémission totale chez une femme de 47 ans

Cancer du sein métastasé : une immunothérapie personnalisée a permis une rémission totale chez une femme de 47 ans

Dr Véronique Nguyen
| 05.06.2018
  • k sein

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« Le message est double », précise au « Quotidien » le Dr Steven Rosenberg du National Cancer Institute (NIH, Bethesda), auteur principal d'une étude publiée dans la revue « Nature Medicine » qui décrit une nouvelle approche d’immunothérapie ayant permis une régression complète d’un cancer du sein métastasé résistant aux traitements classiques.

Aucun signe deux ans et demi après

« Premièrement, il est clair maintenant que pour de nombreux types de cancers réfractaires aux chimiothérapies et immunothérapies connues, une thérapie ciblant les mutations spécifiquement trouvées dans le cancer du patient peut entraîner des régressions durables et spectaculaires du cancer », souligne le cancérologue.

Le second message concerne la nouvelle approche utilisée dans cette immunothérapie. « Nous avons besoin d’un nouveau paradigme pour le traitement du cancer. Des traitements hautement personnalisés sont nécessaires si nous voulons progresser pour traiter les cancers courants », souligne le Dr Steven RosenbergSelon lui, « environ 80 % des patients atteints de cancers épithéliaux courants hébergent dans leur tumeur des lymphocytes T reconnaissant des mutations qui sont uniques au cancer du patient et ne sont pas partagées par un autre patient ».

Transfert adoptif de lymphocytes T infiltrant les tumeurs

Tous les cancers contiennent des mutations génétiques à l’origine de protéines mutantes et de « néo-antigènes » pouvant être reconnus et attaqués par le système immunitaire. L’immunothérapie anticancéreuse qui utilise des inhibiteurs du point de contrôle immunitaire ou bien le transfert adoptif de lymphocytes T infiltrant les tumeurs (TIL) s’est avérée efficace contre des cancers solides riches en mutations somatiques – mélanome, cancer du poumon induit par le tabagisme, cancer de la vessie –, mais elle s’est montrée inefficace contre d’autres cancers pauvres en mutations, comme les cancers du tube digestif, du sein et de l’ovaire.

Dans son étude de phase 2 (en cours), l’équipe du Dr Rosenberg au NCI a évalué une nouvelle approche de transfert adoptif de TIL consistant à sélectionner des TIL reconnaissant spécifiquement des protéines mutantes dans les cellules tumorales. Ces lymphocytes ont ensuite été cultivés en grand nombre pour être ensuite réinjectés chez le patient. Zacharakis et coll. ont développé une méthode à haut débit pour identifier les mutations présentes dans un cancer qui sont reconnues par le système immunitaire.

Une réponse inédite

Celle-ci a donc été utilisée avec succès chez une femme de 49 ans atteinte d’un cancer du sein métastasé (ER+HER2-) réfractaire à plusieurs chimiothérapies et endocrinothérapies. La résection d'une métastase sous-cutanée a permis de réaliser un séquençage de l’ADN et de l’ARN et d'identifier 62 mutations somatiques. Les chercheurs ont aussi isolé dans la tumeur des TIL et ont sélectionné les lymphocytes capables de reconnaître les protéines mutantes (en fait 4). La patiente a finalement reçu le transfert adoptif de TIL réactifs aux néo-antigènes, après un conditionnement non myéloablatif et IL-2 au préalable.

Autre nouveauté du protocole, elle a reçu en plus une immunothérapie par un inhibiteur de point de contrôle (pembrolizumab/Keytruda, un anti-PD1) en 4 infusions avant, puis 3, 6 et 9 semaines après le transfert adoptif.
La patiente qui présentait des métastases sous-cutanées et hépatiques a obtenu une régression complète et durable de son cancer, une réponse inédite dans un tel cancer du sein avancé.  « Aucun cancer n'est aujourd'hui décelable par les examens disponibles, ceci deux ans et demi après le traitement. Le développement de cette approche offre les meilleures chances de découvrir des immunothérapies efficaces pour les patients affectés de cancers solides », indique le Dr Steven Rosenberg.

Son succès repose principalement sur les TIL réactifs aux néoantigènes, et les futures études devront déterminer dans quelle mesure l’anti-PD1 peut contribuer à la réponse.

Ce cas illustre donc le pouvoir de l’immunothérapie pour tous les cancers solides. L'équipe a observé dans l’essai de phase 2 des réponses similaires pour d’autres cancers épithéliaux, comme le cancer du foie et le cancer colorectal. « Tous les cancers ont des mutations, et c’est ce que nous attaquons avec cette immunothérapie », conclut le Dr Rosenberg.

Nature Medicine, 5 juin 2018, Zacharakis et coll.

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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