Les stéréotypes de genre mettent en danger la santé des jeunes

Les stéréotypes de genre mettent en danger la santé des jeunes

Coline Garré
| 21.09.2017

Que ce soit dans les pays conservateurs ou libéraux, en Europe, en Amérique ou en Asie, les enfants des quartiers défavorisés se retrouvent emprisonnés dans des stéréotypes de genre dès leur plus jeune âge, avant même l'adolescence. C'est ce que montre l'étude « The global early adolescent study », conduite ces six dernières années à travers 15 pays, sous la direction de l'université américaine Johns-Hopkins en partenariat avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), et publiée ce 20 septembre dans le « Journal of adolescent health »

Le programme, qui se concentre sur la jeunesse urbaine pauvre, une population vulnérable en pleine expansion dans le monde entier, vise à identifier les déterminants des prises de risques sexuels, et en réaction, à promouvoir une sexualité saine. Quelque 450 pré-adolescents (10-14 ans) ont été suivis pendant 4 ans, accompagnés d'un parent ou tuteur, dans les grandes villes, en Bolivie, en Belgique, au Burkina Faso, en Chine, en République démocratique du Congo, en Équateur, en Égypte, en Inde, au Kenya, au Malawi, au Nigeria, en Écosse, en Afrique du Sud, aux États-Unis et au Vietnam.

« Nous avons vu des enfants très jeunes, que ce soit dans les sociétés les plus ouvertes ou dans les plus conservatrices, intérioriser très vite ces mythes selon lesquels les filles sont vulnérables et les garçons forts et indépendants », observe Robert Blum, directeur de l'étude, basé à l'Université Johns-Hopkins. « Ce message est constamment renforcé de façon quasi systématique par la fratrie, les camarades de classe, les professeurs, parents, tuteurs, proches, entraîneurs ou membres du clergé », ajoute le chercheur. Avec pour conséquence l'augmentation des risques de dépression, suicide ou violence chez les adolescents.

La précocité de l'ancrage des stéréotypes de genre (qui, eux, sont relativement bien documentés), et leur existence dans le monde entier, fait tout l'intérêt de l'étude, souligne le Dr Kristin Mmari, chercheuse à l'origine du projet. 

Le monde clos pour les femmes, l'infini pour les hommes

Les conséquences de ce carcan du genre sont particulièrement néfastes et dangereuses pour les filles, enseigne l'étude. Les restrictions fondées sur le genre, soi-disant pour « protéger » celles-ci, conduit en fait à leur asservissement, voire à des punitions et abus physiques. Concrètement, ces stéréotypes font courir aux filles le risque d'abandonner l'école, de subir des violences physiques ou sexuelles, de se marier ou avoir un enfant précocement, ou encore de contracter le VIH ou d'autres infections sexuellement transmissibles. 

À l'inverse, les garçons sont incités à passer du temps à l'extérieur, sans surveillance, au motif de découvrir le monde. « Pendant l'adolescence, le monde s'agrandit pour l'homme, se contracte pour les femmes », lit-on. Les risques ne sont pas moindres pour les garçons : l'accent mis sur la force physique et l'indépendance les expose à la violence physique, ainsi qu'à la consommation de drogues. En outre, que ce soit en Chine, Inde, Belgique, ou aux États-Unis, si les transgressions des femmes à l'encontre de ces stéréotypes (porter des pantalons, faire du sport, mener une carrière) sont accueillies avec une certaine tolérance, elle est nulle pour les garçons qui sortiraient de « leur rôle ». 

Repenser les politiques 

Ces stéréotypes peuvent être battus en brèche, assure le Pr Blum. « Mais cela nécessite une volonté politique, et une multitude d'interventions ».

L'étude suggère que les efforts consentis pour combattre les stéréotypes de genre sont inutiles car ils visent les adolescents alors qu'ils devraient se concentrer sur des enfants plus jeunes. « Des milliards de dollars sont investis dans le monde dans des programmes de santé destinés aux adolescents mais qui ne vont pas les toucher avant 15 ans, ce qui est déjà trop tard pour avoir un vrai impact », déplore Kristin Mmari. Et les chercheurs d'appeler à repenser ces politiques publiques.

Source : Lequotidiendumedecin.fr
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