Conflits d'intérêts : des étudiants témoignent de l'influence des labos pendant leur cursus

Conflits d'intérêts : des étudiants témoignent de l'influence des labos pendant leur cursus

Sophie Martos
| 10.01.2017
  • fac

Nouveaux goodies high-tech, viennoiseries offertes au petit déjeuner, formation aux dernières technologies ou jeu pour gagner un voyage à un congrès… L'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) et le Formindep, une association de formation professionnelle indépendante, sonnent le tocsin, ce mardi 10 janvier, sur les liens flous qu'entretiennent les facultés de médecine avec l'industrie pharmaceutique.

Leur travail, premier du genre en France, a démarré en 2014. Il a permis de classer les 37 facs sur l'indépendance qu'elles garantissent à leurs étudiants vis-à-vis des laboratoires, dans un article publié sur « Plos One ». Preuve des difficultés à sensibiliser les autorités hospitalo-universitaires sur ce sujet, seuls trois doyens ont répondu aux auteurs de l'enquête malgré cinq relances.

Les premiers résultats sont sans appel. 28 UFR de médecine n'ont entrepris aucune mesure pour se prémunir contre les conflits d'intérêts tandis que les deux facultés qui enregistrent les moins mauvais scores, Lyon-Est et Angers, ont reçu 5 et 4 points sur 26. Lyon-Est propose notamment des cours isolés abordant la question de l'influence des firmes pharmaceutique et des conflits d'intérêts en médecine et s'oppose à la réalisation des examens blancs dans leurs locaux financés par une institution privée…

L'omniprésence des visiteurs médicaux dans les services

En marge de cette enquête, l'ANEMF a invité les étudiants à livrer leur expérience personnelle. À travers plusieurs témoignages, les carabins et internes en médecine évoquent les intrusions régulières de visiteurs médicaux dans leurs services. « Je croise une femme, souriante, adossée au mur. (...) En revenant dans le service, nous la trouvons occupée à démarcher les internes. Le même après-midi, une seconde visiteuse médicale est passée dans le service. Le lendemain, une autre est venue proposer aux internes de se créer un compte sur un site financé par le labo qui l'employait, permettant de s'entraîner à l'interprétation d'explorations fonctionnelles respiratoires, avec, à la clé pour l'interne qui se connecterait le plus, un voyage à New York pour assister à un congrès américain de pneumologie », raconte Claire, externe en 4e année.

Une autre étudiante accuse les visiteurs médicaux de mettre une pression aux jeunes médecins. « La porte du bureau est fermée. Nous discutions d'un dossier compliqué. Les représentants du laboratoire ont frappé et sont entrés. (...). Le jeune homme prend la parole : "Bonjour, excusez-nous de vous déranger ! On voudrait vous parler d'une molécule utilisée en milieu hospitalier depuis peu." L'interne décline, explique l'externe, ajoutant que ces représentants n'ont pas baissé les bras et distribué des plaquettes de présentation. En vingt minutes nous étions tous équipés de réglettes d'évaluation de la douleur et de stylos. »

Le manque de transparence de certains professeurs en question

Des étudiants dénoncent le manque de transparence de leurs professeurs. « On nous dit qu'on va avoir un super cours de simulation cardiologie/urgence. (...) Le jour J, à l'arrivée dans la salle de staff : croissants, jus de fruits et deux personnes inconnues au bataillon… On a finalement une présentation de 20 minutes sur un "nouveau" super-traitement antiagrégant », souligne Gabriel, en 6e année.

Parfois, les stratagèmes sont plus subtils et ciblent, par exemple, le choix des enseignants universitaires. « Dans une faculté de médecine, le conseil de gestion discute de la nomination des futurs MCU-PH (maître de conférences universitaire-praticiens hospitaliers). (...) La liste finale propose une candidate en bonne position qui, en attendant sa nomination, travaille pour un laboratoire pharmaceutique depuis près d'une quinzaine d'années. Inconnue au bataillon sur le plan pédagogique », témoigne @Littherapeute, externe. Le carabin interroge le doyen et membres du conseil dans la salle sur les raisons de ce choix. « Rires dans l'assistance. (...) Et puis, un enseignant lâche "Vous savez, si vous faites le tour de table ici, vous n’en trouverez pas un qui n’ait pas de lien avec l’industrie, donc bon…" », poursuit-il.

Selon les autres résultats de l'étude, dont les détails seront présentés le 13 janvier par le Formindep, seuls trois doyens ont répondu à l'enquête en dépit de nombreuses relances, suggérant que la coopération sur ce sujet ne va pas de soi pour les équipes dirigeantes des facultés.

Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 13 Commentaires
 
DpiT Médecin ou Interne 13.01.2017 à 19h11

Les labos sont-ils pires que la sécu qui paye les médecins pour prescrire des génériques en faisant l'apologie des labos qui n'ont fait aucune recherche et s'engraissent en toute impunité ?

Répondre
 
andre v Médecin ou Interne 13.01.2017 à 17h18

Des "études" bidons, on en a eu ++++, moi surtout au début de mon installation
des soirées "thématiques (au restaurant...), etc, etc, etc. Pourquoi faire, sinon inciter à prescrire LE médicament Lire la suite

Répondre
 
FREDERIC M Médecin ou Interne 11.01.2017 à 09h06

il faut se rappeler que les labos ont surtout de l'influence sur les profs qu'ils arrosent par le biais d'association , travaux d'études etc.. c'est même profs qui disent à leurs étudiants de ne pas Lire la suite

Répondre
 
barbpat Dentiste 11.01.2017 à 08h11

Le problème du conflit d'intérêt, c'est qu'il est traité que d'un seul côté. Quand la has, les mutuelles ou la sécu de leur côté manipulent de leur côté les prescriptions des médecins ça n'est pas Lire la suite

Répondre
 
Gilles B Médecin ou Interne 10.01.2017 à 21h15

Il ne faut pas oublier qu'il ne reste quasiment plus de produits princeps avec l arrivée des génériques donc la pression de prescrip-tion est quasi nulle
Par ailleurs les labos assurent une grande Lire la suite

Répondre
Voir tous les commentaires

Commentez

Vous devez être inscrit ou abonné pour commenter un article et réagir. Pour rappel, la publication des commentaires est réservée aux professionnels de santé.

A la une

add

Agnès Buzyn : « Si j'ai besoin d'un secrétaire d'État, j'en ferai part au Président »

buzyn

« Non ». C'est ce qu'a répondu sans fard la ministre de la Santé à la journaliste de LCI, qui lui demandait ce vendredi matin si elle avait... Commenter

Dr Patrick Gasser (UMESPE) : « La revalorisation d'un ou deux euros, c'est obsolète »

Abonné
Gasser

La branche spécialiste de la CSMF (UMESPE) organise samedi les premiers États généraux de la médecine spécialisée à Paris. Centres... 1

Des avatars virtuels aident les schizophrènes à lutter contre leurs voix

schizophrènes

Comment aider les 25 % de patients schizophrènes qui continuent d'entendre des voix menaçantes malgré leur traitement pharmacologique ?... Commenter

A découvrir
l'annuaire du-diu
GUIDE PHARMA SANTE

Le Guide Pharma Santé regroupe l’ensemble des informations et points de contacts des entreprises du monde de la Santé.

Consulter
imageagenda

Retrouvez tous les évènements
et congrès à venir

Consulter