La prématurité associée à un risque accru de maladies chroniques à l’âge adulte

La prématurité associée à un risque accru de maladies chroniques à l’âge adulte

Damien Coulomb
| 07.12.2015

Une naissance prématurée est associée à un risque accru de développer une maladie chronique, selon une revue de la littérature publiée dans le « Canadian Medical Association Journal ».

Selon le Dr Thuy Mai Luu, de l’université de Montréal, et ses collègues, 8 % des bébés nés au Canada sont nés avant la 37e semaine de gestation. Parmi eux, 90 % survivent. Les adultes nés prématurés ont un risque de mortalité prématurée augmentée de 40 %, comparés aux adultes nés à terme. Les pathologies chroniques relevées par les auteurs incluaient notamment l’hypertension, l’insuffisance cardiaque, le diabète (y compris gestationnel), des altérations de la fonction respiratoire et une densité minérale osseuse insuffisante menant à un risque augmenté de fractures et d’ostéoporose.

7 % de risque de décès cardio-vasculaire par semaine de prématurité

Selon les résultats d’une étude de cohorte suédoise menée sur 674 820 participants et publiée en 2011 dans le « JAMA », les jeunes adultes nés prématurément ont 7 % de risque en plus de mourir d’une maladie cardio-vasculaire pour chaque semaine de prématurité supplémentaire. Les auteurs estiment que les adultes nés prématurément ont une pression systolique au repos plus élevée de 3,8 mmHg en moyenne et une pression diastolique plus élevée de 2,6 mmHg en moyenne. Cette différence est particulièrement marquée chez les jeunes femmes en âge de procréer, puisque les jeunes femmes nées prématurément ont un risque de prééclampsie, d’hypertension gestationnelle et d’hypertension chronique augmentée de 50 %, comparé aux jeunes femmes nées à terme. Dans une étude récente parue dans « Hypertension », des chercheurs de l’université d’Oxford ont montré que les adultes nés prématurément présentent des modifications macrovasculaires, et en particulier des réductions de l’aorte. Cette même étude de cohorte avait montré un risque augmenté d’épilepsie à l’âge adulte dans des résultats publiés dans la revue « Neurology ». Concernant la santé pulmonaire, une autre analyse des données issues de cette même cohorte montre que 10 % des adultes nés prématurément devaient prendre des bronchodilatateurs et des corticoïdes inhalés, contre 4 à 6 % chez les adultes nés à terme.

Par ailleurs, le risque de décès des suites d’une maladie cérébrovasculaire est augmentée de 89 % chez les grands prématurés (nés avant 32 semaines), selon une autre étude de cohorte prospective suédoise parue dans le « European Journal of Epidemiology ».

La « Théorie de Barker »

Ces résultats supportent la « Théorie de Barker » qui veut qu’un grand nombre de maladies chroniques trouvent leur origine dans la vie fœtale. En l’occurrence, les études consultées par les auteurs semblent indiquer que la prématurité soit associée à des dommages occasionnés aux organes du nouveau-né à un moment critique de leur développement. Des mécanismes d’adaptation se mettent alors en place qui peuvent se montrer délétères sur le long terme, probablement à travers des mécanismes génétiques et épigénétiques. Ces phénomènes sont amplifiés par un certain nombre de facteurs de risque comme le diabète gestationnel l’hypertension gestationnelle de la mère, un poids de naissance de moins de 1 500 g ou une mise sous oxygène prolongée après la naissance.

Il n’existe pas de recommandations particulières concernant le suivi à long terme des adultes nés prématurés.

Inciter au dépistage

Les auteurs recommandent donc que les médecins s’informent de l’éventuelle prématurité de leurs patients, pour les inciter à un dépistage des pathologies cardio-vasculaire et de l’hypertension, à proposer des examens spirométriques réguliers et un régime riche en calcium pour prévenir le risque d’ostéoporose et de fracture. Ils estiment cependant que les données reliant la prématurité au risque de syndrome métabolique sont insuffisantes pour recommander une recherche du diabète de type 2 et de la dyslipidémie plus poussée que ce qui est recommandé pour la population générale.

À l’issue de leur revue de la littérature, les auteurs reconnaissent que les données restent trop parcellaires pour déterminer une stratégie de suivi qui soit spécifique aux adolescents et jeunes adultes nés prématurément. En France, la cohorte EPIPAGE-2 (Étude épidémiologique sur les petits âges gestationnels) suit 6 700 enfants prématurés jusqu’à leur 12e année.

Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 1 Commentaire
 
Frédéric L Médecin ou Interne 08.12.2015 à 09h53

Quand j'ai vu le titre de l'article, j'ai cru qu'il s'agissait du Tiers Payant Généralisé... -;) !

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