Une étude suggère un lien entre le traitement hormonal de la ménopause et le cancer de l’ovaire

Une étude suggère un lien entre le traitement hormonal de la ménopause et le cancer de l’ovaire

13.02.2015
  • 1423847041586789_IMG_147769_HR.jpg

Il existe bien une association entre traitement hormonal de la ménopause (THM) et cancer de l’ovaire. C’est ce que suggère une étude publiée en ligne ce vendredi dans « The Lancet ». Les chercheurs britanniques du Groupe d’études épidémiologiques sur le cancer de l’ovaire ont analysé les données de 52 études incluant 21 488 femmes.

L’analyse a porté surtout sur les données de suivi des femmes incluses dans les 17 études prospectives (35 rétrospectives) - plus de la moitié des cas de cancer du col - soit 12 110 femmes. Parmi ces dernières, 55 % (6 601) avaient reçu un THM pendant au moins 6 ans. Le risque de développer un cancer de l’ovaire est plus élevé de 43 % chez les femmes traitées, même pendant moins de 5 ans, que chez celles qui n’ont jamais été traitées. Le risque persiste pendant toute la durée du traitement et diminue progressivement à l’arrêt du THM et subsiste d’autant plus longtemps que la durée du traitement a été long.

Seuls deux types de cancer sont concernés

Même si les études prises en compte ne sont que des études observationnelles, des arguments existent en faveur d’un lien de causalité entre la prise de THM et la survenue de cancer, estiment les auteurs. Le fait que seuls deux types de cancer sont augmentés : les tumeurs épithéliales séreuses et les tumeurs endométrioïdes.

Les auteurs font remarquer qu’un tel phénomène est observé pour la contraception orale qui protège des cancers séreux, des endométrioïdes et des cancers à cellules claires mais pas des tumeurs épithéliales mucineuses. Si le lien causal est confirmé, la conséquence serait : « Pour les femmes qui prennent un THM pendant 5 ans à partir de l’âge de 50 ans, cela signifie un cancer supplémentaire pour 1 000 utilisatrices et un décès par cancer de l’ovaire pour 1 700 utilisatrices », estime le Pr Richard Peto de l’Université d’Oxford. Avec les autres auteurs de l’étude, il souhaite donc une révision des recommandations. Celles-ci, qu’elles soient de l’OMS ou américaines ou bien européennes, ne tiennent compte du risque de cancer de l’ovaire ou si elles le font comme au Royaume-Uni, c’est pour souligner un surrisque en cas d’utilisation prolongée.

SMR maintenu en mai 2014

En France, la Commission de la transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) a réévalué les THM en mai 2014 (publié en juillet 2014). La HAS indiquait que les risques du THM (évalués à partir d’études dont certaines comme EPIC font partie de l’analyse du « Lancet ») étaient confirmés. « Les principaux risques identifiés des THM sont bien sûr le cancer du sein (le surrisque augmente avec la durée du traitement), le cancer de l’endomètre (l’augmentation du risque est liée au traitement estrogénique, c’est pourquoi un progestatif y est toujours associé chez les femmes non hystérectomisées), le cancer de l’ovaire, le risque thromboembolique veineux et d’accident vasculaire cérébral (surtout durant la première année de traitement) », soulignait la HAS.

Compte tenu de ces risques, la HAS insistait sur la nécessité d’une prescription aux doses les plus ajustées et le plus court possible, réévaluée au moins chaque année. Le SMR important de ces traitements était maintenu. La HAS rappelait qu’il n’y avait pas d’autre médicament remboursable indiqué dans le traitement des signes de déficit en œstrogènes (troubles du climatère). Dans la prévention de l’ostéoporose post-ménopausique, le THM est indiqué chez les femmes ayant un risque accru de fracture ostéoporotique et présentant une intolérance ou une contre-indication aux autres traitements indiqués dans la prévention de l’ostéoporose.

Changement de pratique

Dans un commentaire attaché à l’étude, Nicolas Wentzensen et Britton Trabert du NIH relèvent que le cancer de l’ovaire est beaucoup plus rare que le cancer du sein et les maladies cardiovasculaires et que les risques mis en évidence par l’étude devraient avoir un « impact limité » sur le risque global du traitement hormonal de la ménopause.

Ils soulignent également que le diagnostic des cancers pris en compte dans les études prospectives a été établi en 2001 soit quelque temps avant l’étude de la WHI (Woman’s Health Initiative) de 2002 qui avait conduit à un changement des pratiques et modalités de prescription. Dans son rapport d’évaluation, la HAS indique qu’en France, le recours au THM a régulièrement chuté depuis 2006 passant de 9 millions de boîtes vendues à 5 millions en 2013.

Dr Lydia Archimède
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 11 Commentaires
 
20.02.2015 à 15h07

« Par pitié, souvenez vous que l'augmentation d'un risque faible produit un risque faible pour vos patientes. Souvenez-vous aussi que les œstrogènes de substitution peuvent éviter des prescriptions de Lire la suite

Répondre
 
16.02.2015 à 09h57

« Que va t on faire pour le femmes ménopausées après 50 ans ? Si le 17 beta oest est en cause il y a longtemps qu'on le saurait . Pour ma part, je reste très suspicieux car l’étude WHI n'avait montré Lire la suite

Répondre
 
14.02.2015 à 13h34

« 6601 de 21 488 femmes...soit 30% de cancer du col serait lié au THM...!!
étude est forcément biaisée..
aucune précision sur ces 21488 femmes..leur âge ? leurs habitudes de vie ? »

Répondre
 
13.02.2015 à 23h29

« Médecin généraliste depuis 35 ans, je propose toujours le THS à mes patientes ménopausées, expliquant les avantages ( contre l'ostéoporose, vieillissement des tissus, la sècheresse vaginale et le c Lire la suite

Répondre
 
13.02.2015 à 22h56

« De quel THS s'agit-il ? Quels oestrogènes( 17 B oestradiol?) quel progestatif ? Ou progestérone naturelle? Quelle voie d'administration? A quelle dose?. Tous les traitements se valent-ils ? »

Répondre
 
14.02.2015 à 00h27

« Il y a eu une très bonne plaquette publiée il y a qq mois par l'AGMF. Etudes avec rapports bénéfices/risques du THS par organe. Je n'ai pas compris alors que ce traitement était si délétère à condit Lire la suite

Répondre
Voir tous les commentaires

Commentez

Vous devez être inscrit ou abonné pour commenter un article et réagir. Pour rappel, la publication des commentaires est réservée aux professionnels de santé.

A la une

add

« L'humanité ne peut s'arrêter aux frontières de la France ! » : le Pr Pitti explique pourquoi il renonce à ses insignes d'officier de la légion d'honneur

Pr Raphaël Pitti

Le Pr Raphaël Pitti, médecin humanitaire, a été promu au rang d'officier de la légion d'honneur le 14 juillet dernier. Aujourd'hui, il... 22

L'athérosclérose présente chez la moitié des 40-54 ans sans facteur de risque cardiovasculaire… Faut-il s'en soucier ?

athérosclérose

Une tension basse, une glycémie faible et un taux de cholestérol dans la norme suffisent-ils à garantir des artères saines ? Une étude... Commenter

Comment des villes moyennes font reculer les déserts

Abonné
Villes moyennes

Frappées de plein fouet par le manque de médecins, notamment généralistes, de nombreuses municipalités  sortent des sentiers battus pour... 4

A découvrir
l'annuaire du-diu
GUIDE PHARMA SANTE

Le Guide Pharma Santé regroupe l’ensemble des informations et points de contacts des entreprises du monde de la Santé.

Consulter
imageagenda

Retrouvez tous les évènements
et congrès à venir

Consulter