Pourquoi le dépistage n’élimine pas le risque de mort subite chez les athlètes

Pourquoi le dépistage n’élimine pas le risque de mort subite chez les athlètes

11.03.2013
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    Pourquoi le dépistage n’élimine pas le risque de mort subite chez les athlètes

« Notre étude qui s’est intéressée à la mort subite de jeunes athlètes américains montre que le dépistage des pathologies cardiovasculaires pourtant très largement répandu n’a pas permis de détecter des anomalies aortiques fatales pour 44 d’entre eux » a déclaré le Pr Kevin Harris (Minneapolis Heart Institute Fondation, MHIF) lors du congrès de l’American College of Cardiology qui se tient actuellement à San Francisco (Etats-Unis) et alors que l’on annonçait en Corse le décès d’un footballeur amateur. L’auteur veut ainsi mettre l’accent sur les pathologies aortiques peu décelées au cours des bilans de dépistage dont il ne manque pas de souligner la grande hétérogénéité.

Le travail que présentait le Pr Harris, cardiologue échographiste, réalisé par les chercheurs du MHIF a consisté à analyser les données du registre national américain sur la mort subite des jeunes athlètes, soit 2 588 décès. 44 étaient liés à une pathologie aortique, soit une sténose (19), soit une maladie de l’aorte (25). Les jeunes athlètes étaient en moyenne âgés de 17,6 ans et plutôt de sexe masculin (40 hommes pour 4 femmes). Dans 25 % des cas, les joueurs s’étaient plaints de douleur de type angineuse, ou dorsale ou abdominale dans les jours qui ont précédé le décès. Sur les 19 cas liés à une sténose aortique, les décès sont survenus juste après l’effort.

« Il existe de plus en plus de registres dans ce domaine, confirme le Pr Michel Haissaguerre (Bordeaux). Les pathologies sous jacentes qui peuvent être diagnostiquées sont les cardiomyopathies hypertrophiques, les dysplasies ventriculaires, les pathologies aortiques ou coronaires. Concernant le rétrécissement aortique qui peut se révéler par une syncope d’effort, on est parfois à la limite de la significativité échographique mais le gradient hémodynamique qui s’opère lors d’un effort intense peut être considérable et à l’origine d’une mort subite » poursuit le spécialiste.

Les Girondins de Bordeaux

De son côté le Dr Laurent Labbé, cardiologue médecin de l’équipe des Girondins de Bordeaux, a examiné, depuis le début de son activité auprès des footballeurs en 1993, 490 joueurs (soit 20 nouveaux professionnels par an). « Dans son expérience personnelle, 7 ont été définitivement écartés du football professionnel. À l’âge de 18-19 ans, explique le Dr Labbé, les athlètes de haut niveau qui deviennent professionnels, dépendent de la charte du Football et sont gérés par la Ligue : le bilan minimum impose un ECG de repos, une échographie cardiaque, qui sont aussi réalisés tous les ans au mois de juin au cours du bilan de suivi. Le test d’effort est recommandé, mais pas obligatoire, sachant que ceux qui deviennent professionnels l’ont déjà réalisé auparavant dans les centres de formation. On s’intéresse bien sûr aux événements cliniques, aux antécédents familiaux, à l’existence d’un souffle. Lorsqu’un un élément nous interpelle, explique le cardiologue, on poursuit ce bilan minimum par une écho d’effort, un Holter rythmique en situation d’entraînement, sur le terrain, et éventuellement une IRM, examen révolutionnaire qui nous donne beaucoup d’informations. »

Alors pourquoi les accidents se produisent-ils encore ?

« C’est la question que l’on pose régulièrement reprend le Dr Labbé. Pourquoi ce bilan n’écarte t-il pas tout risque de mort subite ? Les raisons sont multiples. D’une part, parce qu’il y a des maladies qui ne s’expriment pas avant la 3e décennie et même si on dépiste plus que dans une population générale, ces pathologies ne sont pas vues et vont se révéler que dans l’effort intense ; c’est par exemple le cas pour certaines myocardiopathies arythmogènes.

D’autre part, le dépistage d’une maladie est très dépendant du modèle que vous utilisez : le test d’effort qui dure 15 minutes ne reproduit absolument pas la dépense énergétique d’un « Paris-Roubaix » ou de 3 matchs de football en 3 jours par une températuer de 40°c, avec une déperdition de potassium. Il y a d’autres phénomènes imprévisibles, un joueur s’est écroulé après un "carton jaune" vraisemblablement à cause d’une libération massive de catécholamines. »

Enfin, précise le cardiologue, le dopage est une question fondamentale ; tous nos jeunes sont avertis de ses dangers cardiovasculaires.

Dr ANNE TEYSSÉDOU-MAIRÉ
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 4 Commentaires
 
17.03.2013 à 21h24

« Il est insensé d'imaginer qu'un bilan cardiologique suffit pour éviter la mort au cours de l'exercice....de nombreuses autres causes existent probablement. »

Répondre
 
13.03.2013 à 11h04

« Je suis médecin de terrain auprès de nombreuses structures et sportifs de très haut niveau et il s'agit d'un domaine sur lequel j'entretiens mes connaissances ; il est IRRESPONSABLE de ne pas évoque Lire la suite

Répondre
 
12.03.2013 à 15h36

« Parce que le dépistage qui est favorisé ne s'attaque pas aux autres causes susceptibles d'entraîner la mort subite. Par exemple, la physiologie musculaire du mouvement et le système circulatoire dan Lire la suite

Répondre
 
12.03.2013 à 10h32

« Parce que ils se droguent tous plus ou moins... »

Répondre

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