Réactiver la réponse des lymphocytes T régulateurs à l’aide de faibles doses d’interleukine 2 (IL-2) permettrait de réduire l’inflammation artérielle chronique après un syndrome coronaire aigu (SCA). Cette inflammation résiduelle, présente chez 60 % des patients, est associée à un surrisque de nouvel évènement cardiovasculaire majeur dans l’année qui suit le premier SCA, et pour l’instant sans traitement. D’après l’essai clinique de phase 2 Ivory, mené par le Centre de recherche cardiovasculaire de Paris et l’université de Cambridge, l’IL-2 permet d’atténuer l’inflammation et de réduire le risque de récidive post-SCA.
L’IL-2 a intéressé l’équipe de recherche car elle est importante dans l’activation des lymphocytes T régulateurs, ces cellules de l’immunité adaptative qui limitent les réponses inflammatoires excessives. Durant un SCA, leur nombre est réduit et leur fonction altérée.
Publiés dans Nature Medicine, les résultats obtenus « montrent l’intérêt thérapeutique que peut présenter une stratégie anti-inflammatoire ciblée sur l’activité des lymphocytes T régulateurs, dans le traitement qui suit un syndrome coronaire aigu. C’est d’ailleurs la première fois qu’un traitement anti-inflammatoire axé spécifiquement sur ce que l’on appelle l’immunité adaptative – et non l’immunité innée –, est testé chez l’humain », explique Ziad Mallat, directeur de recherche à l’Inserm et coauteur de l’étude. Cette découverte fait écho au prix Nobel de médecine 2025 qui a récompensé la découverte des lymphocytes T régulateurs.
Plus le segment est inflammatoire, plus l’IL-2 est efficace
Les scientifiques ont ainsi testé l’effet d’un court traitement d’IL-2 (1,5 x 106 UI) sur une soixantaine de patients présentant une inflammation résiduelle après un SCA. Il a fallu utiliser de très faibles doses (de l’ordre du millier de fois inférieures à celles utilisées en oncologie), un trop fort dosage d’IL-2 étant contre-indiqué aux patients à risque cardiovasculaire en raison d’une stimulation de l’ensemble des cellules T. Tous les participants étaient sous double thérapie antiplaquettaire et la quasi-totalité prenait des statines à haute dose à l’inclusion.
Après huit semaines de traitement, des effets notables ont été observés sur l’inflammation artérielle, sans problème de tolérance. Dans le groupe IL-2, elle était inférieure de 7,7 % à celle des patients sous placebo, une réduction considérée comme suffisante pour diminuer significativement le risque de récidive. L’effet thérapeutique de l’IL-2 était plus important lorsque l’inflammation initiale était plus élevée (- 9,3 % dans les segments les plus touchés).
De faibles doses d’IL-2 activent les lymphocytes T régulateurs sans stimuler les T effecteurs
Moins d’inflammation, plus de régulation
À chaque temps d’évaluation, une augmentation des lymphocytes Treg par rapport à l’inclusion était constatée. À quatre jours de traitement, elle était de 57 % dans le groupe IL-2 contre 0,6 % sous placebo, soit une différence de 56,73 %. À la fin de la phase de surveillance, les Treg étaient 34 % plus élevés dans le bras interventionnel. Soit, en moyenne sur toute la durée du traitement, un nombre de lymphocytes régulateurs 40 % plus élevé que dans le groupe placebo.
Dans les autres sous-types lymphocytaires, on observe dans le sous-groupe IL-2 : une réduction du pourcentage de lymphocytes T cytotoxiques (LTc) effecteurs (- 3,39 %) et une réduction du taux de lymphocytes T helper folliculaires (- 24 %). Cela démontre bien que de faibles doses d’IL-2 augmentent les Treg mais pas les T effecteurs, contrairement aux fortes doses.
À deux ans de suivi, aucun des patients traités par IL-2 n’a présenté de récidive d’événement cardiovasculaire majeur, contre trois dans le groupe placebo. Ces résultats encourageants devront être confirmés dans le cadre d’un essai clinique de phase 3, incluant un plus grand nombre de participants. L’étude Ivory compte suivre le pronostic cardiovasculaire jusqu’à cinq ans après traitement.
R. Sriranjan-Rothwell et al., Nat Med, 2026. DOI: 10.1038/s41591-025-04090-y
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