Alors que le nombre de noyades ne fléchit pas et que l’été 2025 s’est illustré par une forte augmentation dès les premiers épisodes caniculaires, comment mieux cibler la prévention vers les personnes à risque ? Dans une nouvelle étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, Santé publique France met en évidence les facteurs de risque de gravité en cas de noyades, à partir des données des deux dernières enquêtes 2018 et 2021.
Chaque année en France, les noyades accidentelles sont à l’origine de 1 000 morts, un chiffre stable, y compris cet été. Outre le décès, la noyade peut provoquer des séquelles parfois sévères chez la victime, notamment neurologiques. Est considérée comme grave une noyade provoquant une anoxie (arrêt cardio-respiratoire en cours d’installation ou avéré et coma aréactif) ou, quand ce stade n’est pas renseigné, lorsqu’il y a décès de la victime ou prise en charge de six jours ou plus.
Trois fois plus de noyades graves chez les plus de 65 ans
À partir des données de quelque 2 866 noyades prises en charge les étés 2018 et 2021, dont 37 % graves, SPF observe que la proportion de celles-ci augmente avec l’âge, avec jusqu’à trois fois plus de risque chez les plus de 65 ans par rapport aux 0-5 ans, et est plus élevée chez les hommes, ou chez des personnes résidant à l’étranger (touristes en particulier). Les seniors sont en effet plus sujets aux malaises et se baignent le plus souvent hors de toute surveillance, contrairement aux enfants chez qui les noyades sont plus nombreuses, mais les secours plus réactifs. Quant aux étrangers, leur vulnérabilité s’expliquerait « par une mauvaise compréhension de la signalétique de sécurité en France », où les couleurs et formes de drapeaux diffèrent de la norme internationale, selon les chercheurs, qui suggèrent une harmonisation de la signalétique et la traduction des messages de prévention.
Les noyades sont aussi plus graves quand elles surviennent en piscine privée (quel que soit l’âge) ou en cours/plan d’eau, et dans les régions du Sud-Ouest, Nord-Ouest, de l’intérieur et en Outre-mer, où les lieux de baignade sont moins surveillés que dans le Sud-Est. Chez les 6-19 ans, le risque de noyade grave est multiplié par 6 lorsque les jeunes se baignent dans des plans d’eau ou cours d’eau, par rapport à la mer. Ce qui peut s’expliquer par l’absence de surveillance, voire l’interdiction de la baignade, les difficultés d’accès pour les secours et parfois des comportements à risque, notamment la consommation d’alcool.
Les noyades du matin se sont également avérées plus graves : les baigneurs sont moins nombreux et plus âgés, et la surveillance peut ne pas avoir commencé à cette heure. En revanche, la période de l'année – vacances, week-end, vigilance canicule – est sans lien avec la gravité des noyades (même si elles sont plus nombreuses). À noter que cet été par rapport à 2024, le nombre de noyades suivies de décès en mer a augmenté de 40 % (113 versus 81) concernant principalement les adultes.
S'ils recommandent une prévention plus ciblée sur les seniors et d'autres catégories risquant plus des noyades graves, les auteurs jugent aussi nécessaire d'approfondir les analyses en collectant d'autres données : niveau social de la victime, préexistence de pathologies notamment cardiovasculaires (hypertension artérielle, insuffisance cardiaque) ou neurologique, consommation de médicaments, etc.
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