Pas moins de neuf anciens médecins directeurs des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) se sont publiquement élevés dans la presse contre l’administration Trump et son ministre de la Santé Robert Kennedy Jr (RFK Jr), qu’ils accusent de politiser et idéologiser la science. D’abord, en ordre dispersé, puis dans une lettre ouverte publiée ce 1er septembre dans The New York Times.
La crise, qui s’amplifie depuis le début du mois d’août, a pris une tonalité encore plus éclatante avec l’annonce, le 17 août, du limogeage de la directrice générale des CDC, la scientifique Susan Monarez, moins d’un mois après sa prise de fonction. Selon ses avocats, l'ex-cheffe des CDC avait refusé « de valider des directives non scientifiques et dangereuses » souhaitées par le ministre Kennedy. À la place de cette scientifique, la Maison Blanche va nommer Jim O'Neill, bras droit de RFK Jr et ex-financier de la tech, comme directeur par intérim des CDC, selon le Washington Post.
Dans la foulée, le patron chargé de la politique de vaccination et de lutte contre les maladies respiratoires au sein de l'agence fédérale, le Dr Demetre Daskalakis, infectiologue, a claqué la porte, ainsi que plusieurs hauts responsables. « Cela fait des mois que je suis inquiet », a déclaré le médecin sur ABC News ce 31 août. Mais « je n'imaginais pas que (...) la frontière entre la science et l'idéologie serait totalement abattue ».
« Point de non-retour », « sans précédent »
« Ne pas avoir un dirigeant scientifique à la tête des CDC signifie que nous ne pourrons pas négocier avec le ministère de la Santé pour véritablement mettre en œuvre une bonne politique de santé publique », a déploré le Dr Daskalakis. « Les CDC tels que nous les connaissions n’existent plus. Nous avons probablement passé le point de non-retour », tranche-t-il dans le magazine LGBT Advocate. Et de déplorer la désinformation autour des vaccins anti-Covid, les coupes dans la surveillance des maladies d’origine alimentaire, les programmes de lutte contre le VIH, les overdoses, ou le tabac…
Pour le Dr Thomas Frieden, autre spécialiste des maladies infectieuses qui dirigea les CDC de 2009 à 2017 sous les deux présidences du démocrate Barack Obama, « la santé publique est attaquée ». « Ce à quoi nous assistons est sans précédent. Jamais un directeur des CDC n'avait été limogé », a-t-il relevé sur CNN à propos de Susan Monarez.
« Il n'est plus possible d'avoir confiance dans ce qui émane du ministère de la Santé ou des CDC », considère-t-il. Il dénonce « les nombreux dégâts infligés à la lutte contre le tabac, aux avancées pour la qualité de l'eau du robinet et le démantèlement des infrastructures de vaccination ». « Ils détruisent nos protections en matière de santé », conclut le médecin.
Appel à la démission de Kennedy Jr
Son prédécesseur, intérimaire à la tête de l'agence de santé en 2009, le Dr Richard Besser, pédiatre de formation, a réaffirmé sur ABC News le rôle « absolument crucial des CDC pour protéger les Américains face à toute menace sanitaire ». Il craint « ce qu'il se passera dans ce pays quand nous serons confrontés à une urgence de santé publique, soit un tremblement de terre massif, soit un agent infectieux ou, malheureusement, une prochaine pandémie ».
Ces deux derniers médecins sont rejoints par sept autres patrons de l'agence qui assurent, dans une lettre ouverte publiée par le New York Times, « Kennedy met en danger la santé de tous les Américains ». « Le ministre a limogé des milliers d'employés fédéraux dans la santé publique, énormément réduit des programmes censés protéger les Américains du cancer, des pathologies cardiaques, des AVC, de la pollution au plomb, des blessures et des violences », écrivent ces neuf responsables qui ont servi entre 1977 et 2025, du président démocrate Jimmy Carter au républicain Donald Trump. « Ce qu'il a fait aux CDC et au système de santé national – surtout en décidant de remercier Susan Monarez de son poste de directrice – ne ressemble à rien de ce que nous avons vu à l'agence et à rien de ce que notre pays a traversé », tonnent encore les experts.
« C'est inacceptable et cela devrait alerter tous les Américains, quelles que soient leurs orientations politiques », préviennent les signataires de la lettre. Sur le plan politique, le sénateur indépendant Bernie Sanders, candidat aux primaires démocrates en 2016, a accusé RFK Jr de « mettre en danger à présent et à l'avenir la santé des Américains ». « Il doit démissionner », a-t-il exigé dans une tribune du New York Times.
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