La situation témoigne des tensions entre l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et le gouvernement. Le directeur général de l’agence, le Pr Benoît Vallet, dont le mandat a expiré le 15 novembre, n’assurera pas son propre intérim, comme il le souhaitait, jusqu'à la nomination de son successeur. Au sein de l’Anses, cette éviction « inédite », qui intervient quelques mois après la défense par le Pr Benoît Vallet de l'indépendance de l'agence, pendant les débats sur la loi Duplomb, est vécue comme un désaveu.
À la tête de l’Anses depuis novembre 2022, le Pr Vallet a ainsi cédé sa place à Gilles Salvat, qui dirigeait jusque-là le pôle recherche de l'agence. « La décision a été prise par le cabinet du Premier ministre dont le directeur est Philippe Gustin, ex-directeur du cabinet d’Annie Genevard, ministre de l'Agriculture », affirment, dans un communiqué, deux dirigeants de l'association Robin des Bois, Jacky Bonnemains et Charlotte Nithart, membres du conseil d’administration (CA) de l’Anses.
Depuis 2015, l’agence, qui évalue la dangerosité des pesticides, autorise ou non leur mise sur le marché et rend des centaines de décisions par an, en toute indépendance scientifique. Mais certaines de ses décisions ont été remises en cause par le ministère de l'Agriculture, sous forte pression du premier syndicat agricole français, la FNSEA.
Des réserves sur la loi Duplomb
« Benoît Vallet et le personnel de l'Anses s'étaient montrés très réservés vis-à-vis de la loi Duplomb qui dans sa version originelle envisageait de réduire les marges de manœuvre de l'Agence », rappelle l’association Robin des bois dans un communiqué. Lors d’une audition parlementaire en mars dernier, le Pr Vallet s’était opposé à un article de la proposition de loi Duplomb visant la création d’un « conseil d’orientation agricole », composé notamment d’industriels et de syndicats agricoles, et dont les avis devaient s’imposer à l’agence. Le DG de l’Anses avait alors mis sa démission dans la balance. Si l’article a finalement été abandonné, les tensions sont restées vives.
Le Pr Vallet « a été perçu comme un empêcheur de tourner en rond et le paye », estime auprès de l’AFP Nathalie Thieriet, représentante des personnels au CA, tout en pointant des budgets de l'agence en baisse alors que ses missions (cosmétovigilance, tatouvigilance…) s'étoffent. Onze équivalents temps plein effectifs doivent en outre être supprimés en 2026, rapporte Le Monde.
« On n'enlève pas quelqu'un comme ça sauf s'il a fait une faute grave, ce qui n'est pas du tout le cas. C'est inédit », ajoute Jérôme Lozach, également représentant du personnel au CA. Il dénonce un « retour de bâton » pour les « positions prises sur les phytosanitaires ».
Une réunion du CA le 21 novembre a par ailleurs été l’occasion d'exprimer « une forte inquiétude pour la santé mentale des agents », poursuit Nathalie Thieriet. Au-delà du départ de Benoît Vallet, plusieurs postes de direction de l’agence (la direction générale adjointe et la présidence du CA) sont actuellement inoccupés.
L’inquiétude qui règne au sein de l’Anses est partagée au sein d'autres agences environnementales, sociales et sanitaires comme l'Office français de la biodiversité, l'Office national des forêts ou l'Agence nationale de l'habitat, dont les syndicats CGT devraient dénoncer, lors d'une assemblée générale le 26 novembre à Paris, « la stigmatisation d'une grande partie de la classe politique à leur encontre ».
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