Qu’en est-il de l’intérêt de l’aspirine et d’autres anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en prévention du cancer colorectal et des polypes pré-cancéreux ? « L’aspirine n’est pas une solution miracle pour prévenir le cancer colorectal », ont tranché les auteurs d’une nouvelle revue Cochrane. De leur analyse de 10 essais contrôlés randomisés, l’équipe retient que la prise quotidienne d'aspirine n'est pas un moyen rapide ou fiable pour atteindre cet objectif en population générale, sans compter qu’elle comporte des risques immédiats d'hémorragie grave.
« Bien que l'idée que l'aspirine prévienne le cancer colorectal à long terme soit intrigante, notre analyse montre que ce bénéfice n'est pas garanti et s'accompagne de risques immédiats », ont conclu les chercheurs, issus de l’hôpital West China de l’université du Sichuan (Chine).
Des effets qui restent incertains à long terme
Dans ce travail, les scientifiques ont analysé 10 essais contrôlés randomisés totalisant 124 837 participants, afin d'évaluer si l'aspirine ou d'autres AINS pouvaient prévenir le cancer colorectal ou les polypes précancéreux (adénomes) chez les personnes à risque modéré. L'équipe, qui n’a trouvé aucun essai approprié pour les autres AINS, s’est concentrée exclusivement sur l'aspirine dans ses conclusions.
Le travail des chercheurs a révélé que l'aspirine ne réduit « probablement pas » le risque de cancer colorectal au cours des 5 à 15 premières années d’utilisation (HR compris entre 0,95 et 1) et augmenterait le risque de mortalité par cancer colorectal (HR = 1,77). De plus, la prise quotidienne d'aspirine augmenterait le risque d'hémorragie extracrânienne grave (RR = 1,59) ainsi que d'accident vasculaire cérébral hémorragique (OR = 1,40) et, ce, même avec de faibles doses. Les personnes âgées et celles ayant des antécédents d'ulcères ou de troubles hémorragiques seraient particulièrement vulnérables. Concernant les polypes, l’aspirine ne changeait rien à leur incidence à 5-10 ans.
Toutefois, les scientifiques relèvent que certains essais ont observé des effets protecteurs possibles après plus de 15 ans de suivi (HR = 0,78), « mais la certitude de ces preuves est très faible », ainsi qu’une réduction du risque de mortalité (OR = 0,74). « Ces bénéfices potentiels à long terme proviennent des phases de suivi observationnel des essais, au cours desquelles les participants ont pu arrêter l'aspirine, commencer à en prendre de leur propre chef ou commencer d'autres traitements, ce qui rend les résultats vulnérables aux biais », analysent-ils.
Vers une prévention de précision ?
« Tout effet préventif potentiel prend plus d'une décennie à se manifester, s'il se manifeste, alors que le risque de saignement commence immédiatement », soulignent les auteurs, qui invitent à aller vers une prévention de précision. « Cette étude confirme que nous devons nous éloigner d'une approche unique. L'utilisation généralisée de l'aspirine dans la population générale n'est tout simplement pas étayée par les preuves. L'avenir réside dans la prévention de précision, qui consiste à utiliser des marqueurs moléculaires et des profils de risque individuels pour identifier les personnes qui pourraient en bénéficier le plus et celles qui sont les plus à risque », détaillent-ils.
Une question qu’a abordée un récent essai contrôlé randomisé du Karolinska Institutet : une faible dose d'aspirine (160 mg) y a réduit de moitié le risque de récidive après une intervention chirurgicale chez les patients atteints d'un cancer du côlon et du rectum présentant une mutation PIK3CA.
De plus, l’étude Drugprev – une étude rétrospective s’intéressant à la prévention médicamenteuse du cancer – avait quant à elle conclu que les AINS, notamment l’aspirine, ont fait preuve de leur capacité à limiter la formation de polypes colorectaux dans plusieurs études, sauf chez les personnes âgées pour qui la balance bénéfices-risques n’était pas favorable au regard du risque cardiovasculaire et hémorragique.
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