Dans l’Union européenne (UE) et l’Espace économique européen (EEE), en 2024, près de la moitié des diagnostics de VIH étaient trop tardifs pour que la mise sous traitement soit optimale. Le Centre européen de contrôle des maladies (ECDC) fait état d’un paysage épidémiologique complexe dans des rapports de surveillance publiés à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida ce 1er décembre.
L’an passé, 24 164 diagnostics de VIH ont été recensés dans l’UE, soit un taux de 5,3 par 100 000 personnes. Cette proportion est 14,5 % plus faible qu’en 2015 et 5,4 % moindre qu’en 2023, marquant donc une baisse continue du taux de positivité. Les relations sexuelles entre hommes restent le principal mode de transmission, à hauteur de 48 %, mais les transmissions par relations hétérosexuelles sont en augmentation, comptant pour près de 46 % des diagnostics. Quant aux cas rapportés au stade sida, ils ont baissé de 30 % sur la dernière décennie, surtout chez les hommes et la mortalité liée au sida a diminué de 62,9 %.
En France, plus de la moitié des contaminations après rapports hétérosexuels en 2024
Néanmoins, malgré des améliorations pour aller vers des diagnostics précoces du VIH, pas moins de 2 200 cas de sida ont été recensés dans 27 pays de l’UE/EEE en 2024. L’ECDC déclare « reconnaître le progrès clair avec moins de cas rapportés et de décès liés au sida dans l’UE/EEE » mais déplore un « succès assombri par un défi persistant : 48 % des diagnostics de VIH sont tardifs ». Ainsi, l’agence alerte : « Cette défaillance du dépistage, combinée à un nombre croissant de cas non diagnostiqués, met sévèrement en péril les objectifs 2030 pour éliminer le VIH en tant que menace de santé publique. »
En France, le constat est très similaire, d’après le dernier bilan de Santé publique France (SPF). Ce sont 5 100 personnes qui ont découvert leur séropositivité en 2024, les rapports hétérosexuels comptant pour 53 % des contaminations, suivis des rapports entre les hommes (42 %). Si le nombre annuel de personnes diagnostiquées en France se stabilise après l’augmentation observée en 2020-2023, 43 % des diagnostics de 2024 sont tardifs (taux de CD4 inférieur à 350), dont 27 % à un stade avancé (stade sida ou taux de CD4 inférieur à 200). Ce malgré le succès du dispositif Mon test IST : les sérologies dans ce cadre représentent 20 % de l’ensemble des 8,5 millions de sérologies réalisées en 2024.
Promouvoir un dépistage ciblé
Malgré la proportion de diagnostics tardifs observés en France comme en Europe, l’objectif 95-95-95 (95 % des personnes vivant avec le VIH dépistées, 95 % sous traitement et 95 % avec une charge virale indétectable) défini par l’OMS pour 2030 est atteignable. En 2024, à l’échelle de l’UE/EEE, 93 % des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) connaissaient leur statut, 95 % d’entre elles étaient sous traitement antirétroviral et 94 % des personnes traitées avaient une charge virale indétectable (seuil de 200/mm3). La France a elle aussi très bien progressé dans la continuité des soins et se place légèrement au-dessus de cette moyenne européenne avec 94 % de personnes diagnostiquées, 96 % traitées et 97 % indétectables. Mais SPF estime encore à 9 700 le nombre de PVVIH non diagnostiquées en 2024.
C’est donc sur le dépistage que la France a des cartes à jouer. L’ECDC recommande aux pays concernés d’accélérer le dépistage en se concentrant en priorité sur les populations défavorisées, ayant des accès sous-optimaux au dépistage, au traitement et aux soins. « Nous devons urgemment innover nos stratégies de test, embrasser le dépistage communautaire et l’usage d’autotests et assurer une prise en charge médicale rapide. Nous ne pouvons en finir avec le sida si les personnes ne connaissent pas leur statut », commente la Dr Pamela Rendi-Wagner, directrice de l’ECDC.
Jeunes davantage exposés, préservatif délaissé, chemsex
Après un rappel des actions mises en œuvre dans la Stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030 et du franc succès de Mon Test IST, le ministère de la Santé a annoncé la publication prochaine de la feuille de route pour la période 2026-2030, en cours d’élaboration. Elle abordera la santé sexuelle dans sa globalité et « répondra aux grands enjeux de la lutte contre le VIH en poursuivant nos efforts sur la prévention combinée, le dépistage, l’amélioration des parcours de prise en charge, l’accompagnement des professionnels de santé et la prise en compte des besoins spécifiques des populations les plus concernées », indique le cabinet ministériel.
La ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, a commenté : « Nous disposons aujourd’hui d’outils efficaces pour prévenir, dépister et traiter le VIH. Notre responsabilité collective est de les rendre accessibles à toutes et tous. Mettre fin à l’épidémie d’ici 2030 n’est pas un horizon lointain : c’est un objectif atteignable, à condition de poursuivre l’effort, de lutter contre les idées reçues et d’accompagner chaque personne vers le dépistage et le soin. »
Dans un communiqué, le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS) décrit des pratiques et modes d’exposition en pleine évolution : augmentation des diagnostics chez les 15-24 ans, baisse de l’usage du préservatif, recours à la Prep insuffisant et risques associés au chemsex. « Ces évolutions exigent des réponses adaptées, intégrant les dimensions sociales et biomédicales de la prévention », lit-on.
Au regard des diverses menaces (financements des innovations, aide médicale d’État), le CNS appelle à « une remobilisation urgente des pouvoirs publics, ambitieuse et solidaire, qui garantisse l’égalité des droits et témoigne d’une volonté politique forte de lutter contre les inégalités d’accès à la prévention et aux soins, à l’échelle nationale et internationale ».
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