L’incontinence urinaire d’effort (IUE) féminine s’inscrit dans un spectre allant de l’insuffisance sphinctérienne à l’hypermobilité urétrale et le mécanisme physiopathologique prédominant doit être déterminé pour guider la décision thérapeutique.
Alors que des recommandations sont en cours d’élaboration à la HAS, le comité d'urologie et de périnéologie de la femme de l’AFU (Curopf) a présenté lors du congrès un nouveau guide de bonnes pratiques qui pose des bases pour le diagnostic et la prise en charge de ce type d’incontinence.
Des options non chirurgicales à ne pas négliger
Après les modifications comportementales, la rééducation périnéale constitue le traitement initial de l’IUE. Un dispositif intravaginal ou un pessaire anti-incontinence doit être proposé avant toute intervention chirurgicale. Les techniques telles que le laser vaginal, la stimulation électromagnétique et la radiofréquence n’ont pas leur place, en dehors des protocoles de recherche, faute de preuves d’efficacité. En cas de syndrome génito-urinaire de la ménopause (Sgum), un essai d’œstrogénothérapie mérite d’être tenté. Les experts n’excluent pas la duloxétine, mais après information sur son usage hors AMM, ses effets indésirables et son efficacité modeste.
TVT plutôt que TOT
Si, après avoir envisagé ces solutions, la femme souhaite une intervention chirurgicale, le gold standard reste la bandelette sous-urétrale sans tension synthétique (en polypropylène), en privilégiant la voie rétropubienne (TVT). À l’inverse, en raison de la complexité de son retrait et du risque de douleurs persistantes, même après explantation, la technique transobturatrice (TOT) est écartée sauf dans des cas où la TVT n’est pas possible.
Si les deux types de bandelette offrent des performances globalement similaires, le TVT tend à se distinguer par de meilleurs résultats à long terme et un risque plus limité de réintervention pour incontinence. Pour ce type de bandelette, le taux de guérison rapporté par les patientes à court terme (moins de 12 mois) se situe entre 71 % et 97 %. Cette efficacité se maintient à moyen terme (1 à 5 ans), avec des taux allant de 77 % à 98 %, et au-delà de 5 ans, avec une fourchette de 51 % à 88 %. Les complications graves liées au TVT sont peu fréquentes, mais existent.
Les bandelettes aponévrotiques pubovaginales, utilisant l’aponévrose du grand droit ou le fascia lata, représentent une alternative pour certaines patientes, notamment en cas de douleurs pelviennes, de complications ou de refus des bandelettes synthétiques. Elles offrent une efficacité comparable à celle des TVT mais présentent un taux de complications plus élevé. Leur taux de succès est néanmoins supérieur à celui de la colposuspension de Burch. Cette dernière est une option surtout en cas de refus de la bandelette synthétique, mais comporte des risques accrus d’obstruction, de prolapsus symptomatique à long terme et de récidive.
Les bandelettes à incision unique ou mini-BSU sont, elles, fortement déconseillées.
Dans l’IUE avec insuffisance sphinctérienne prédominante, les injections périurétrales de polyacrylamide hydrogène et les ballonnets périurétraux peuvent être envisagés, en raison de leur sécurité et de preuves d’efficacité issues d’essais randomisés, tout en sachant que le sphincter artificiel urinaire est l’option privilégiée en cas d’insuffisance sphinctérienne sévère.
Quid après l’ablation ?
Que se passe-t-il après ablation d’une bandelette sous-urétrale (BSU) ? L’étude SUSTeR s’est penchée sur la question au travers d’une cohorte rétrospective portant sur les ablations réalisées entre 2010 et 2024. Les 551 patientes de cette cohorte étaient issues de 11 centres experts français ; 63,1 % avaient bénéficié d’une BSU-TOT et 34,2 % d’une TVT. Les principaux motifs d’ablation étaient les douleurs et la dysurie, puis la récidive d’IU à l’effort ou par urgenturie.
Après ablation (partielles dans 68,1 % des cas), environ 50 % des patientes présentaient des douleurs, 36 % une dysurie et 25 % une hyperactivité vésicale (HAV) ou une incontinence urinaire par urgenturie (IUU). À 1-3 mois post-ablation, 23,4 % étaient totalement asymptomatiques (31,2 % après TVT vs 20,6 % après TOT) ; 39,5 % gardaient un symptôme principal, près du double pour les TOT comparé aux TVT.
La guérison de la douleur était plus fréquente après BSU-TVT qu’après TOT (83,1 % contre 60,4 %). L’amélioration postopératoire atteignait 79,6 % pour les dyspareunies, 73,6 % pour les douleurs vaginales, 75,8 % pour les douleurs permictionnelles, 76,2 % pour les douleurs pelviennes, 86,7 % pour les douleurs du haut des cuisses et 80 % pour celles liées au trou obturateur.
L’IUE ne récidivait pas systématiquement , touchant environ 60,5 % des patientes. Cependant, cette incontinence tendait à s’aggraver, avec 34,4 % de formes sévères.
Ainsi, si la chirurgie des complications des BSU améliore significativement les symptômes, et notamment la douleur, certaines patientes restent symptomatiques et nécessitent un suivi.
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