Prise en charge de la dissection coronaire spontanée chez la femme, complexification des syndromes coronaires et implantation de valve aortique percutanée dite Tavi (Transcatheter Aortic Valve Implantation) en ambulatoire ont fait l’objet de travaux présentés au sommet de l’Association européenne d’interventions cardiovasculaires percutanées (EAPCI), branche de la Société européenne de cardiologie (ESC). Ces nouvelles données plaident pour la personnalisation et l’optimisation des interventions coronariennes percutanées (PCI).
L'une des communications a mis en exergue qu’en Europe l’augmentation du nombre d'interventions coronariennes percutanées (PCI) chez les patients ayant fait un infarctus aigu du myocarde (IDM) ne s’est pas traduite par une réduction des taux de mortalité. À partir des bases de données de l’ESC, des chercheurs issus du King’s College de Londres ont évalué l’association entre le nombre de PCI par million d’habitants et les taux de mortalité par IDM, notamment en prenant en compte la prévalence des maladies cardiovasculaires (MCV) et le produit intérieur brut (PIB) des pays. Les pays aux PIB les plus élevés étaient associés à une plus faible mortalité, tandis que ceux ayant une forte prévalence des MCV enregistraient les taux de mortalité plus importants. Après ajustement, ils observent que les taux plus élevés de PCI étaient associés à une augmentation de la mortalité par IDM. Mais ils retrouvent aussi qu’un nombre plus élevé de PCI réalisées par un cardiologue interventionnel était associé à des taux de mortalité par IDM plus faibles.
Comment expliquer ces résultats surprenants ? « Il existe une variabilité significative aux niveaux local, national et régional dans la réalisation des PCI et les résultats associés pour les patients », a développé le Dr Ali Malik du King’s College de Londres lors de l’EAPCI. Ce à quoi abonde son collègue, le Dr Sukruth Pradeep Kundur, en pointant la variabilité inter-opérateur et inter-centre, mais aussi l’intervalle entre le début des symptômes et l’accès à la PCI pour expliquer les différences entre pays. « L'augmentation mondiale des facteurs de risque cardiométabolique semble jouer un rôle significatif dans la complexité clinique des patients présentant des syndromes coronariens aigus, a ajouté le Dr Sanjay Sivalokanathan, auteur senior de ces travaux. À ce titre, la PCI peut s'avérer difficile dans certains contextes, ce qui souligne l'importance de l'expérience de l'opérateur et des stratégies interventionnelles avancées ».
Pas de bénéfice à poser un stent dans la dissection coronaire spontanée
Autre sujet abordé, le traitement de la dissection coronaire spontanée (Scad) chez la femme. Si la plupart des patients faisant une Scad sont en bonne santé avec peu de facteurs de risque cardiovasculaire traditionnels, « cette affection reste sous-diagnostiquée et sous-étudiée, avec peu ou pas d'essais randomisés menés pour définir l'approche thérapeutique la plus appropriée », a expliqué la Pr Svetlana Apostolović du Centre clinique universitaire de Niš (Serbie). Une analyse menée sur le registre serbe des SCAD a montré que l’âge moyen des patients était de 47,5 ans et que 85,4 % étaient des femmes ; lorsqu'ils étaient connus, les facteurs déclenchants les plus courants étaient le stress mental (38,5 %) et physique (10,7 %).
« La Scad était plus fréquente chez les jeunes femmes non enceintes et les femmes ménopausées, l'imagerie intra-coronaire s'est avéré particulièrement utile pour établir un diagnostic précis. La Scad se résorbait souvent complètement et l'implantation d'un stent n'était pas bénéfique chez la majorité des patients. Une surveillance attentive associée à la prise de bêtabloquants, de médicaments antihypertenseurs, à une réadaptation cardiaque et à un soutien psychologique peut améliorer les résultats et réduire l'impact sur la vie quotidienne, mais d'autres études et essais sont nécessaires », a résumé la Pr Apostolović.
Des critères pour le Tavi en ambulatoire
Une présentation s’est démarquée, alors que la tendance est à réduire les durées d’hospitalisation : un patient sur cinq pourrait sortir le jour même après un Tavi, selon des chercheurs de l’hôpital James Cook (Royaume-Uni). « Dans notre centre, nous avons utilisé un protocole avec des critères d'inclusion élargis pour la sortie le jour même après un Tavi transfémoral électif en ambulatoire. Nous avons pu démontrer la sécurité de cette approche dans l'analyse présentée », a rapporté le Dr Krishnarpan Chatterjee.
Une analyse rétrospective des cas identifiés comme candidats à une sortie le jour même après un Tavi transfémoral en ambulatoire entre juin 2018 et décembre 2024 a dégagé trois critères d’éligibilité : absence de maladie vasculaire périphérique significative, présence d'un stimulateur cardiaque ou rythme cardiaque de base normal, soutien adéquat à domicile (surveillance par un parent/ami/soignant la première nuit). Les critères d'exclusion comprenaient une fragilité sévère, une dysfonction cognitive, des besoins complexes en matière de prescription ou une instabilité clinique.
L'âge moyen des patients qui ont quitté l'hôpital le jour même était de 80,4 ans et 40 % d'entre eux étaient des femmes. Les taux de mortalité à trente jours étaient de 1,8 % dans le groupe ambulatoire et de 0,8 % dans le groupe hospitalisé, les taux de réadmission à trente jours de 4,4 % contre 9,2 %. « C’est important pour les patients, car cela réduit le risque de complications liées à l'hospitalisation, telles que les infections ou le délire. Cela permet également de réduire l'utilisation des ressources de santé », a conclu le Dr Chatterjee.
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