Après sa descente aux enfers, une médecin de MPR se réinvente dans le libéral et témoigne auprès des étudiants

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Publié le 25/10/2026

Isolement, équipes réduites, charge de travail en hausse… Après un burn-out et plusieurs années de reconstruction, la Dr Marie Duprès* partage son expérience auprès des jeunes carabins pour que les médecins de demain ne subissent pas la même situation. Retour sur sa trajectoire.

dépression soignant

La Dr Marie Duprès a pu rebondir après plusieurs années de descente aux enfers
Crédit photo : ADOBESTOCK

En mars 2018, après son clinicat, la Dr Duprès*, médecin physique et de réadaptation (MPR) surspécialisée en médecine de rééducation neurologique post réanimation, choisit un poste dans un hôpital de périphérie, dans un service de rééducation neurologique. « Nous accueillons des patients qui ont un handicap d’origine neurologique à leur sortie de réanimation, et qui peuvent donc encore être trachéotomisés, ventilés …  », explique la praticienne. Médecin la plus spécialisée de son service, elle se voit confier la chefferie de celui-ci au bout d’un mois.

Sous-effectif et dévalorisation 

Alors âgée de 32 ans, elle prend son poste « tout feu tout flamme, motivée comme jamais » au printemps 2018.  Son objectif est clair : développer des activités jusque-là réservées au CHU. « Ce sont des activités très spécifiques, comme la neuro-urologie, les bilans urodynamiques, les injections de toxine botuliques et blocs moteurs. Des soins qui nécessitent des investissements matériels conséquents. J’avais donc exposé mon projet aux urologues sur place et projeté de monter une consultation pluridisciplinaire avec eux », explique-t-elle.

Sa chute s’opère d’une façon insidieuse et progressive. Elle est d’abord causé par les sous-effectifs, qu’elle pallie par un surinvestissement. « Un tel service se pilote normalement à trois : le médecin-chef, le cadre de l’équipe soignante et le cadre de rééducation. À l’époque, il n’y avait pas de cadre identifié, ces derniers étaient multiservices. Je n’avais pas l’impression d’être épaulée pour le diriger. » Une de ses internes est recrutée en CDD. Puis un intérimaire. Tous sont payés deux à quatre fois plus qu’elle, qui gagne autour de 3 000 euros net à l’époque. Cette situation accentuera inconsciemment le problème.

En 2020, elle revient à l’hôpital après son congé maternité. À son retour, l’intérimaire prend ses aises... et ses congés quand il le veut : « J’étais un peu dépendante de lui.  Cela ne pouvait plus durer. »  La praticienne décide d’en informer la direction. « Celle-ci ne m’a proposé comme solution que la mise en disponibilité de mon statut de PH pour un statut de clinicien. Un statut très bizarre, avec une part fixe et une part variable, selon que nous atteignions ou non les objectifs fixés avec la direction. »

Descente aux enfers

« J’avais toutes les responsabilités du service, j’étais engagée dans son fonctionnement, dans son management, dans toutes les réunions avec la direction… Psychologiquement, j’étais très en colère. Cette proposition était révélatrice du mépris vis-à-vis du statut de praticien hospitalier» s’insurge la médecin.  La Dr Duprès refuse et décide  de démissionner afin de devenir contractuelle sur un contrat d’un an.

Elle est finalement contrainte de fermer des lits en raison de la diminution des effectifs. Un coup dur pour la praticienne. Elle est ensuite contrainte de réduire le nombre de patients, ce qu’elle vit très mal. En 2021, après des mois de bataille, c’est lors d’un rendez-vous pour sa fille qu’elle « craque » et qu’elle est arrêtée par son généraliste. « C’est très dur, quand on est soignant, de se dire qu’il y a des déserts médicaux dans toute la France et qu'on est plus bon à rien. Je me sentais comme une merde. »

Prévu pour une semaine, l’arrêt se prolonge. Et les questions fusent dans son esprit : « Comment va tourner l’hôpital ? Qui va s’occuper des soignants de mon service ? » Son état psychologique est au plus bas. La Dr Duprès prend conscience qu’elle n’est plus capable de prendre la voiture pour amener sa fille à la crèche située sur le chemin de l’hôpital. « J’avais des troubles du sommeil, des troubles de l’appétit. J’étais très, très mal » se souvient-elle.

Au bout de quelques mois, la praticienne ne supportant plus son inactivité, elle décide de faire des remplacements. « J’ai pris un remplacement que j’ai dû annuler la semaine d’avant. » Elle quitte finalement l’hôpital, licenciée pour inaptitude, et doit s’inscrire à Pôle emploi : « Je ne vous raconte pas comme j’avais honte. » Le sens du service public chevillé au corps, elle pense même devenir maîtresse d’école «  Même si mon entourage n’y était pas favorable, je m’étais renseigné pour passer les concours. »

Reprendre du service

Un an plus tard, un collègue lui remet le pied à l’étrier. « Un médecin rééducateur comme moi, au courant de ma situation,  avait fait un AVC et m’a demandé de le remplacer à son cabinet. » Ne se sentant plus capable d’exercer, elle hésite. Et finalement, accepte. « Grâce à ce remplacement, je me suis rendu compte que j’étais capable de m’occuper de patients. »

À la suite de cette expérience, elle décide de prendre un poste dans une maison de santé. « Je me suis installée en janvier 2023 comme médecin rééducateur, avec un profil très atypique : nous sommes peu de médecins rééducateurs, et la majeure partie de ceux qui sont installés en libéral font de la médecine du sport. Chacun gère son cabinet, mais je retrouve le côté collectif de l’hôpital. Et nous nous réunissons une fois par mois pour ce qu’on appelle des RCP, des réunions de concertation pluridisciplinaire. »

Aujourd’hui, elle intervient dans l'enseignement auprès des docteurs junior. « J'adore transmettre et j’avais envie de partager avec les jeunes en tant que médecin de MPR. S’installer en libéral est une chose à laquelle on ne pense pas. Or c’est possible, même avec un profil très atypique comme le mien. » Elle leur donne également les clefs pour se protéger. 

*le nom a été modifié


Source : lequotidiendumedecin.fr