On sait qu’il existe des interrelations complexes entre le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) et plusieurs pathologies. Certaines données avaient déjà suggéré qu’une bonne adhésion au traitement par pression positive continue (PPC) permettait de réduire les besoins en soins médicaux des patients souffrant de SAOS associé à des comorbidités. Aujourd’hui, une étude rétrospective menée sur des patients nouvellement traités montre qu’il existe une relation dose-dépendante entre le taux d’utilisation de la PPC et les visites aux urgences et hospitalisations, à 1 an et 2 ans, au sein d’une population de SAOS atteinte aussi de BPCO, diabète de type 2, insuffisance cardiaque (IC), fibrillation atriale (FA) ou de dépression (1). Ce qui vient souligner l’importance, centrale, du temps d’utilisation nocturne de la PPC sur les bénéfices à en attendre dans la « vraie vie », en termes de recours aux soins.
Une étude rétrospective sur des SAOS nouvellement traités
L’analyse porte sur une cohorte de patients présentant un SAOS, nouvellement diagnostiqué entre 2015 et 2021, plus cinq « sous-cohortes » de patients présentant en outre une comorbidité qui devait avoir suscité, dans l’année précédant la mise sous PPC, au moins deux consultations ou une hospitalisation. Les sous-cohortes n’étaient pas « exclusives », dans la mesure où des sujets présentant plusieurs comorbidités étaient inclus dans les sous-cohortes respectives.
Au total, plus de 377 000 adultes de 18 à 89 ans ont été retenus. Ils ont 52 ans d’âge moyen et 58 % sont des hommes. 7 % ont aussi une BPCO, 18 % un diabète de type 2, 4 % une IC, 5 % une FA et 18 % une dépression. Pour tous ces patients, on devait disposer d’un suivi démarrant au moins 1 an avant l’initiation, et poursuivi au moins deux ans après la mise en route de la PPC.
Le temps d’utilisation de la PPC la première année était en moyenne de 3,8 heures/nuit. La plupart répondaient au critère classique d’observance, soit au moins 4 heures/nuit pour au moins 70 % des nuits sur une durée d’un mois. Dans les sous-cohortes comorbides, l’utilisation de la PPC était un peu moindre. On est globalement en moyenne autour de 3,2 à 3,5 heures/nuit, sauf dans la FA ou a contrario l’usage est plus soutenu (4,1 heures/nuit).
Et, comme souvent, le temps d’utilisation tend à s’éroder avec le temps. Il est généralement plus bas la seconde année.
Diminution dose-dépendante du recours au soin
L’analyse statistique a été ajustée sur l’âge, le sexe, les comorbidités, le recours aux urgences et/ou hospitalisations dans l’année précédant la PPC et l’adhésion aux soins médicaux (vaccination, adhésion aux autres traitements), ainsi que le type d’assurance santé.
Dans l’ensemble de la cohorte, une association significative entre le temps d’utilisation de la PPC et le nombre de consultations aux urgences et hospitalisations a pu être mise en évidence. Cette association à 1 an se perpétue à 2 ans. Et elle s’avère dose-dépendante.
Le recours aux consultations en urgence et les hospitalisations décroissent en effet quand on compare les sujets à moins d’une heure/nuit de PPC à ceux à 2 heures/nuit. Il en est de même quand on compare les sujets à moins 3/h nuit versus ceux à 4 heures/nuit.
Mais l’intensité du bénéfice n’est pas homogène. Globalement, sur la totalité de la cohorte — patients présentant ou pas une comorbidité — chaque heure supplémentaire d’utilisation de la PPC est associée à une réduction moyenne de 4 % des visites aux urgences/hospitalisations. Quand, pour l’ensemble des patients présentant une comorbidité, la réduction atteint les 7 %. Les patients présentant une comorbidité sont donc ceux qui tirent le plus grand avantage de leur observance.
Ce bénéfice varie d’un sous-groupe à l’autre. Les patients SAOS souffrant d’IC, les plus adhérents, sont ceux chez lesquels la réduction des visites aux urgences/hospitalisations est la plus importante. À l’autre bout du spectre, les sujets présentant une BPCO, les moins observants, sont ceux chez lesquels la réduction est la plus modeste.
« Cette étude souligne l’intérêt de la PPC, en particulier chez les sujets présentant une comorbidité », concluent les auteurs, qui espèrent que les assurances de santé américaines seront sensibles à cet argument. En France, cette étude vient conforter les pratiques. La PPC étant particulièrement bien prise en charge dans notre pays, non seulement par rapport aux États-Unis, mais aussi par rapport à nombre de pays européens.
(1) A Malhotra et al. Dose-response relationship of sleep apnea therapy and healthcare use in patients with comorbidities. Sleep 2025; zsaf333
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