Il n’est pas très seyant, mais il est confortable : le casque Luciole de photobiomodulation destiné à être expérimenté dans plusieurs essais cliniques dans les mois à venir a été présenté au public par le fonds Clinatec. L’objet ressemble plus ou moins à un casque de rugby bleu, abritant un ensemble de LED dirigées vers le crâne de l’utilisateur. La lumière employée, dont la longueur d’onde est proche de l’infrarouge (810 nm), diffuse à travers l’os du crâne dans l’objectif d’activer le métabolisme énergétique et la production d’ATP des neurones corticaux.
Les chercheurs de Clinatec, un fonds de dotation adossé au CEA et au CHU Grenoble Alpes, espèrent que la photobiomodulation puisse avoir un effet positif sur la trajectoire de patients atteints de pathologies neurodégénératives, telles que la maladie à corps de Lewy, pour laquelle une étude clinique sera lancée dès le 1er mars 2026.
Le fonds Clinatec s’est fait une spécialité de l’utilisation de la stimulation lumineuse en neurologie : depuis 2024, les équipes du Pr Stephan Chabardes, chef du service de neurochirurgie au CHU Grenoble Alpes, ont greffé 6 patients atteints de la maladie de Parkinson avec un dispositif délivrant directement dans les noyaux gris centraux dopaminergiques des pulsations lumineuses. Mais cette fois-ci, il s’agit d’une stimulation externe, réalisable au domicile. Trente patients seront recrutés au sein de la file active du service de gériatrie du Pr Frédéric Blanc, aux hôpitaux universitaires de Strasbourg. La moitié d’entre eux recevra le Luciole et l’autre des casques qui simulent des séquences de photobiomodulations (l’appareil chauffe légèrement mais n’émet pas de lumière).
Les patients recrutés, tous âgés d’au moins 50 ans, seront « au stade prodromal, avec un score MMS (Mini-Mental State Examination) supérieur à 18. Ils doivent aussi avoir une scintigraphie SPECT au Datscan positive », complète Sara Illick neuropsychologue menant une thèse sur la photobiomodulation dans la maladie à corps de Lewy. Cet examen ne suffit toutefois pas. « Un résultat positif peut aussi s’observer chez les patients atteints de la maladie de Parkinson, poursuit-elle. Aussi le diagnostic de la maladie à corps de Lewy nécessite-t-il des examens cliniques pour être confirmé comme une polysomnographie par exemple ».
Une commercialisation espérée d’ici 4 à 5 ans
Plusieurs séances de 32 minutes, dont 24 minutes d’illumination, seront prévues chaque semaine pendant 6 mois. Les patients seront suivis pendant un mois supplémentaire pour mesurer d’éventuels effets à long terme. Les résultats sont attendus d’ici 4 à 5 ans, le fonds Clinatec espérant une mise à disposition d’une version commerciale peu de temps après.
Les critères d’évaluation seront : la mesure de la cognition à travers des tests neurologiques, l’évaluation des fonctions exécutives, de la mémoire, de l’autonomie et de la qualité de vie. Des IRM seront réalisées pour rechercher d’éventuels changements de la neuroanatomie. Les chercheurs de Clinatec n’excluent pas de mener à l’avenir des études sur l’usage de la photomodulation en préventif. L’idée est encore en développement, mais « il pourrait s’agir d’une étude sur des personnes asymptomatiques dont les marqueurs sanguins font craindre l’apparition d’une maladie à corps de Lewy », prédit Sara Illick.
Les casques confiés aux participants « sont les plus simples possible, un simple bouton permet la mise en marche et l’arrêt est automatique », explique Antoine Robinet, ingénieur en électronique et responsable projet du fonds Clinatec. Pour autant, ne seront recrutés que des patients ayant un proche aidant à domicile, chargé de s’assurer de l’emploi correct au quotidien. Le casque est doté d’une puce afin d’assurer un suivi en temps réel des séances par les chercheurs. Les patients disposent en outre d’une application téléphonique pour les assister dans leur traitement. Le protocole et le casque ont été validés par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en décembre. « Nous avons fait plusieurs études sur la diffusion et la propagation de la lumière dans le cerveau, complète Antoine Robinet. Notre dispositif répond aux exigences de la norme iso 60601 », la norme pour les dispositifs médicaux.
Six études et 150 casques produits en 2026
Quatre autres études sont prévues avec ce premier prototype de casque : un sur la maladie d’Alzheimer, en partenariat avec les Hospices civils de Lyon (HCL) et trois autres sur la récupération après un traumatisme crânien, avec les HCL et le CHU Grenoble Alpes. Le fonds Clinatec prévoit la fabrication de 150 casques en 2026 (l’appareil est construit par deux entreprises situées à Annecy et Grenoble) et une nouvelle version est programmée cette même année, nourrie par les premiers retours des usagers.
Le concept du casque de photobiomodulation du fonds Clinatec trouve son origine dans les travaux menés depuis 2008 par John Mitrofanis, professeur devenu depuis directeur scientifique du fonds Clinatec. En 2014, le chercheur, à l’époque membre du Bosch Institute à l’université de Sydney, avait publié une étude préclinique prometteuse sur un modèle murin de la maladie d’Alzheimer avec une diminution à 4 semaines du nombre de plaques beta amyloïdes. « On espère le même résultat chez ceux atteints de maladie à corps de Lewy qui peuvent aussi présenter de telles lésions », ajoute Sara Illick.
En 2023, il avait mené une revue systématique de la littérature qui avait conclu que la photobiomodulation transcrânienne peut moduler l’activité cérébrale chez l’humain, en augmentant le flux sanguin cérébral et la connectivité fonctionnelle. Or, selon une autre revue systématique de la littérature en 2002, la photobiomodulation réduit l’inflammation et le stress oxydatif cérébraux dans des modèles animaux de maladies neurodégénératives, entraînant une neuroprotection. Entre 600 et 1 300 nm, la lumière stimule les mitochondries et accroît la production d’ATP. Ce surcroît d’énergie « augmente la capacité des cellules à lutter contre le stress et les pathologies neurodégénératives », affirme Laurent Herault, directeur du fonds Clinatec.
À Montpellier, un autre casque évalué dans la maladie l’Alzheimer par RegenLife
Clinatec n’est pas la seule entité en France à expérimenter la photobiomodulation dans l’indication de pathologies neurologiques. À Montpellier, après un premier essai randomisé encourageant, l’entreprise RegenLife finance un essai clinique dans la maladie d’Alzheimer pour son propre dispositif, le RgN 600. Ici, la particularité est que la lumière n’est pas seulement appliquée au niveau du cortex, mais aussi dans la région abdominale, à l’aide de LED fixées sur une sangle. « Il y a un lien entre le cerveau et l’intestin, qui est impliqué dans de nombreux troubles dont la maladie d’Alzheimer, explique le Pr Jacques Touchon, ancien directeur du département de neurologie du CHU de Montpellier et membre de l’équipe scientifique de RengenLife. Nous avons remarqué dans un modèle animal que le traitement par photobiomodulation est meilleur si on agit sur les deux extrémités de cet axe. »
« Il y a encore peu d’investigations en neurologie sur la ceinture abdominale, reconnaît le Pr Touchon. Ce dont on est sûr, c’est que l’action de la lumière proche de l’infrarouge sur les mitochondries va entrainer un arrêt du cercle vicieux neuro-inflammatoire. »
Le traitement est administré à l’hôpital, 108 patients atteints d’Alzheimer léger à modéré seront traités pendant six mois. Enfin, six mois de suivi supplémentaire seront mis à profit pour évaluer des effets à plus long terme. Déjà 69 patients ont été recrutés au CHU de Toulouse, à l’hôpital Lariboisière et à l’hôpital Broca (Paris), pour une fin d’étude prévue courant 2026.
RegenLife compte sur ces données pour monter un dossier d’enregistrement comme dispositif médical dans la maladie d’Alzheimer, après une première demande déposée pour la prise en charge des traumatismes crâniens en décembre 2025, à la suite d’une étude menée chez des sportifs commotionnés (résultats encore non publiés). D’autres indications sont envisagées telles que la dépression et la dysbiose intestinale.
Dr Vincent Pradeau (Avenir Spé) : « Les spécialistes libéraux sont mobilisés et remontés comme jamais ! »
Savoir évoquer une dermatose neutrophilique
Un Pots encore mal connu
Marfan et enceinte