En 2025, 6 148 greffes ont été réalisées en France, un niveau qui dépasse pour la première fois les 6 120 greffes de 2017. Pour l’Agence de la biomédecine (ABM), ces bons chiffres s’expliquent par les différentes actions menées dans le cadre du plan greffe 2022-2026. L’agence cite le déploiement du protocole de prélèvement des donneurs à cœur arrêté (l’objectif de 65 centres autorisés a été atteint, 321 prélèvements y ont eu lieu), un audit systématique des établissements autorisés au prélèvement, le financement renforcé des machines de perfusion rénale et hépatique, le remboursement de la perfusion pulmonaire et cardiaque, ainsi que le développement du réseau opérationnel de proximité auquel 297 établissements adhèrent désormais. Dans le même temps, l’offre de formation des professionnels de santé a été développée. Une école de formation pour médecin préleveur a notamment été ouverte pour former des chirurgiens à prélever jusqu’à quatre organes en une seule opération.
Mais ce record ne masque pas des signes plus inquiétants : ce chiffre traduit un ralentissement de la croissance de l’activité de greffe (seulement 1,5 % de plus qu’en 2024 contre respectivement 7,5 %, 2,5 % et 4,2 % les trois années précédentes) et se situe dans la fourchette basse des trajectoires fixées par le plan ministériel 2022-2026.
Au 1er janvier 2026, 23 294 malades étaient en attente de greffe
La greffe avec donneur vivant n’atteint toujours pas les objectifs prévus. En 2025, 603 greffes rénales et 11 greffes de foie avec donneur vivant ont été réalisées. L’ABM précise que huit greffes de rein étaient issues de dons croisés, dont le premier quadruplet jamais réalisé en France. « Ce fut un vrai défi logistique, avec un ballet d’avions qui ont circulé simultanément entre quatre régions françaises », explique le Dr Benoît Averland, directeur du prélèvement et de la greffe d’organes et de tissus à l’ABM. Les greffes avec donneur vivant représentent désormais 15,6 % du total des greffes rénales en France, encore loin des 20 % prévus dans le plan greffe.
La jeunesse, très perméable aux fausses informations sur la greffe
Comme chaque année, l’ABM publie son enquête nationale sur la perception des connaissances des Français en matière de don d’organes, dont les résultats sont préoccupants pour cette édition. Après le pic de 2022, les Français sont de moins en moins favorables au don de leurs propres organes après leur mort : 74 % en 2025 contre 85 % en 2022. Les auteurs du baromètre sont particulièrement soucieux du retrait très prononcé de consentement chez les 16-24 ans, dont 65 % seulement sont favorables au don de leurs propres organes en janvier 2026, contre 72 % un an avant. Selon David Heard, directeur de la communication et de la relation avec les publics à l’ABM, « les jeunes sont très sensibles aux informations non vérifiées qui circulent sur les réseaux sociaux », alors que certains faits divers participent au scepticisme généralisé. En octobre 2024, l’histoire non vérifiée d’un patient américain s’étant réveillé alors qu’on s’apprêtait à prélever ses organes a provoqué un pic d’inscription sur le registre de refus du don d’organes.
Depuis le 1er janvier 2017, tout citoyen français non inscrit au registre national des refus est considéré comme donneur d’organes par défaut. Mais en pratique les familles sont systématiquement consultées or 49 % négligent de faire part de leur position à leur entourage, toujours selon le baromètre 2026. Enfin, seulement 58 % des Français pensent que le don d’organes et de tissu profite de manière équitable à toutes les catégories de la population. « Un indicateur qui nous préoccupe : de moins en moins de gens savent que le don est compatible avec les rites funéraires », complète David Heard.
Cela se traduit par un taux d’opposition à la greffe en hausse continue, qui s’établit désormais à 37,1 % en 2025, contre 36,4 % en 2024. Ces taux sont très inégalement répartis sur le territoire, de 24,7 % dans les Pays de la Loire à 50,9 % en Île-de-France. Certaines régions comme le Centre-Val de Loire ou la Bretagne, dont les taux de refus étaient historiquement faibles, ont connu une récente et brusque augmentation. Pour le Pr Yvon Lebranchu, ancien président de la Société francophone de transplantation et membre de l’Académie de médecine, « on voit des régions de France où on ne progresse pas. Il y a vingt ans, c’était déjà les mêmes et il serait intéressant de comprendre pourquoi. » La Dr Marine Jeantet, directrice générale de l’ABM propose des éléments d’explication : « on constate une importance du gradient socio-économique. Les taux de refus sont les plus importants là où il y a des forts taux de pauvreté. Nous avons d’ailleurs lancé des enquêtes pour travailler sur ces déterminants ».
Autocritique des médecins
À l’Académie de médecine, où s’est tenue une séance consacrée au don et à la greffe d’organes ce 18 février, on plaide pour que le corps médical fasse son aggiornamento. « Il y a parfois un manque d’engagement des professionnels de santé dans l’activité de prélèvement, reproche le Pr Nassim Kamar, du service de greffe rénale au CHU de Toulouse. Notamment, certains hôpitaux ne survivent que grâce aux médecins qui viennent faire des remplacements. Face à un patient en état de mort encéphalique, ces derniers ne vont pas s’engager dans un prélèvement d’organe. Peut-être faudra-t-il, à l’avenir, passer par la coercition. »
Selon une enquête menée par l’ABM en juin 2025, 30 % des personnes travaillant à l’hôpital pensent que les personnes en état de mort cérébrale ne sont pas décédées au moment du prélèvement d’organe. « Globalement, les médecins sont au courant, mais ce n’est pas le cas des autres professionnels de santé, et en particulier les aides-soignants, décrypte la Dr Jeantet. Il est important de corriger cela car ce sont les aides-soignants qui sont le plus souvent au contact des familles. »
De Barcelone à Toulouse, des exemples qui fonctionnent
Fondatrice de Renaloo, Yvanie Caillé a également commenté la situation dans l’hémicycle de la rue Bonaparte. « Il y a 1 000 morts par an en attente d’organe en France, rappelle-t-elle. Nous devons nous inspirer des expériences étrangères qui fonctionnent, et à ce titre le modèle espagnol est très éclairant. » Également invitée par les académiciens, la Dr Chloé Ballesté, du département de chirurgie de la faculté de médecine de l'Université de Barcelone a explicité en quoi consistait la politique espagnole en matière de don et de greffe : « notre performance semble moins liée à une mesure unique – cadre légal, consentement présumé, etc. – qu’à une combinaison cohérente de facteurs : gouvernance à trois niveaux, coordination hospitalière médicalisée, professionnalisation et formation, pilotage par la qualité par des audits et des indicateurs, capacité d’innovation face à l’évolution de l’épidémiologie des donneurs. »
En France, une initiative a été lancée au CHU de Toulouse pour favoriser la culture du don. Le don d’organes de donneur décédé a de son côté été intégré dans le continuum de soins. Pour cela il a été décidé de faire du don d’organes une mission de tous les médecins de soins critiques, de généraliser la formation de tous les professionnels de santé, de garantir que tous les entretiens avec les proches soient réalisés conjointement avec un membre de la coordination de don d’organes et donnent lieu à un débriefing. Les résultats globaux sont palpables : les greffes rénales ont augmenté de 71 % depuis 2010 et 30 % d’entre elles proviennent de donneurs vivants en 2025, soit le double du taux national et 10 points au-delà de l’objectif du plan greffe.
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