La biopsie liquide permet d'identifier les patients répondeurs à un inhibiteur de checkpoint

Par Dr Irène Drogou
Publié le 11/09/2019
- Mis à jour le 11/09/2019

Crédit photo : PHANIE

Comment détecter facilement, parmi les patients ayant un cancer non résécable ou métastatique, ceux qui pourraient tirer bénéfice d'une immunothérapie par inhibiteur de check point ?

Des chercheurs américains montrent, dans « Clinical Cancer Research » avec le soutien des Instituts nationaux de la santé américains (NIH) qu'un nouveau test de biopsie liquide fait aussi bien qu'une biopsie tissulaire. Ce test associe la recherche d'instabilité microsatellitaire et la charge en mutation tumorale.

Le pembrolizumab dans certains cancers avancés

En mai 2017, l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) a accordé une autorisation de mise sur le marché (AMM) au pembrolizumab pour les patients qui ont des tumeurs non résécables ou métastatiques, présentant une forte instabilité microsatellitaire ou un déficit en réparation du mésappariement. C’était la première AMM qui ne spécifie pas le site tumoral.

Néanmoins, la recherche de tels marqueurs n'est pas toujours facile en pratique. Actuellement, la recherche se fait sur des biopsies tissulaires et fait appel à des technologies telles que l'amplification par PCR et le séquençage nouvelle génération. Les procédés sont compliqués et manquent de sensibilité. Et les prélèvements tissulaires peuvent être insuffisants pour effectuer correctement les tests.

Une alternative moins invasive à la biopsie tissulaire

Le scientifique Andrew Georgiadis, du centre de génomique personnalisée à Baltimore, et l'oncologue Dung Le du Johns Hopkins ont testé la sensibilité et la spécificité d'une nouvelle approche de biopsie liquide : à partir d'un panel de 58 gènes pan-cancéreux, ils ont développé un algorithme permettant d'identifier les allèles avec un profil anormal d'instabilité microsatellitaire dans l'ADN libre.

Dans leur étude, les chercheurs ont comparé les données issues de 61 patients ayant un cancer avancé et de 163 sujets sains. Si plus de 20 % des loci avaient une instabilité microsatellitaire, les prélèvements étaient considérés comme ayant une forte instabilité microsatellitaire.

Pour la charge en mutation tumorale, les scientifiques ont utilisé un séquençage de nouvelle génération, avec le logiciel VariantDx. Le seuil retenu était de 5 mutations par échantillon pour définir les tumeurs ayant une charge en mutation tumorale élevée.

Pour l'instabilité microsatellitaire, la spécificité du test était de 99 % et la sensibilité de 78 % ; pour la charge en mutation tumorale, les résultats étaient respectivement de 99 % et de 67 %.

À valider à plus grande échelle

De plus, les scientifiques ont comparé les performances du test par rapport à la biopsie tissulaire chez 29 patients ayant un cancer métastatique (colorectum, intestin, endomètre, estomac, thyroïde). Parmi ces patients, 23 étaient classés comme ayant une forte instabilité microsatellitaire et 6 comme étant stables. Le nouveau test a identifié 18 des 23 patients à risque élevé (78 %) et correctement les 6 patients stables.

Pour les auteurs, ces résultats suggèrent que le test pourrait être plus prédictif que les biopsies tissulaires « dans la mesure où c'est à la fois une mesure globale et en temps réel et qu'il résout les biais d'échantillonage inhérent à la biopsie tissulaire », a expliqué Andrew Georgiadis. Le test, qui s'affranchit de la quantité de matériel disponible et qui permet d'éviter une intervention chirurgicale, n'en est néanmoins qu'à ses débuts. Avant de pouvoir être utilisé en pratique, ces résultats doivent être validés dans des études à plus grande échelle, ont rappelé les auteurs. 


Source : lequotidiendumedecin.fr