Spécialistes : divergences stratégiques à la CSMF

Par
Marie Foult -
Publié le 23/11/2019

Crédit photo : GARO/PHANIE

Le syndicalisme médical est-il en train d'accélérer sa mue ? Est-ce déjà le temps des grandes manœuvres ?

À la CSMF, on ne se cache plus de ce sujet sensible, quitte à provoquer des frictions internes. Alors que le Dr Patrick Gasser, président de la branche « Spé » de la CSMF, a officiellement annoncé vouloir créer un syndicat unique de médecins spécialistes (libéraux et hospitaliers), lors de ses États généraux ce samedi 23 novembre, c'est au tour du Dr Jean-Paul Ortiz, président de la Conf', la maison mère, de recadrer fermement… en soulignant au contraire l'intérêt de préserver une centrale polycatégorielle puissante. 

C'est la réponse immédiate du berger à la bergère. D'un côté, à la tête des Spé-CSMF, le Dr Patrick Gasser juge que les organisations polycatégorielles ne permettent plus la défense efficace de l'intérêt propre des spécialistes qui sont, selon lui, relégués au second plan dans les réformes en cours. D'où sa volonté d'émancipation avec une initiative qui fait forcément des vagues en interne, à un an des élections professionnelles. De l'autre côté, le patron de la CSMF fait valoir que l'union de la médecine libérale et de ses intérêts vitaux passe toujours par le rassemblement au sein d'un syndicat polycatégoriel "incontournable", représentatif à la fois des généralistes et des spécialistes.

Responsabilité morale

« Les médecins libéraux ont une responsabilité morale vis-à-vis de la société, qui consiste à organiser une offre de soins permettant à chaque Français d’obtenir une prise en charge de qualité. Sa mise en place passe par une nouvelle organisation syndicale unitaire, innovante et libérale, à laquelle la CSMF œuvre quotidiennement », insiste le Dr Jean-Paul Ortiz dans un communiqué diffusé ce samedi midi, en forme de mise au point.

L'initiative de la branche « Spé » n'est pas perçue, officiellement, comme une scission de la maison mère. Le Dr Patrick Gasser resterait d'ailleurs en son sein, tout en se consacrant à ce nouveau projet… « Avenir Spé, en tant que plateforme de discussion et de revendication commune pour tous les spécialistes est une excellente idée et je la soutiens, temporise le Dr Jean-Paul Ortiz, interrogé samedi par le « Quotidien ». Je me réjouis que les Spé aillent dans cette direction, mais le rassemblement des spécialistes ne sera fort que dans un syndicat polycatégoriel comme la CSMF. » 

Il n'empêche que le coup est parti. Pour le Dr Gasser, il ne s'agit pas de créer une simple plate-forme d'échange mais bien de créer un nouveau syndicat unifié qui prétend rassembler demain toutes les forces des spécialistes…

« L'éclatement nous affaiblit »

Pour ne pas subir l'initiative des spécialistes, le président de la CSMF s'emploie à faire bouger les lignes depuis plusieurs semaines, en initiant un rassemblement de tous les syndicats sur quelques sujets cruciaux. Le Dr Ortiz en veut pour preuve l'invitation historique faite, lors de sa dernière Université d'été, aux autres syndicats de médecins libéraux (SML, MG France, FMF et le BLOC) et aux représentants des étudiants et jeunes médecins, ou encore les récents communiqués communs rédigés notamment sur la réforme de la retraite. 

« Il nous faut échanger, co-construire et porter des revendications communes. Le syndicalisme médical doit se renouveler, accepte le néphrologue de Cabestany. Le mouvement s'amorce, il mettra peut-être du temps, mais en tant que premier syndicat de médecins, la CSMF a la responsabilité d'en être à l'origine. L'éclatement nous affaiblit, les intérêts des médecins seront mieux représentés si une grande majorité de généralistes et de spécialistes se retrouvent dans un seul et même syndicat polycatégoriel. »  Et de conclure. « Même avec les hospitaliers, il faut qu'on apprenne à dialoguer davantage, à développer nos relations. L'impression de deux mondes qui s'affrontent est souvent fausse. Mais dans un premier temps faisons une plateforme d'échange pour les libéraux, ce sera déjà bien. Je suis réaliste, cela ne se fera pas en trois ou six mois. »


Source : lequotidiendumedecin.fr