Rien ne semble endiguer le flux de patients dans les services d’urgences, qui ont enregistré 21,3 millions de passages en 2024. Dans la Loire, les urgences du centre hospitalier de Firminy n’échappent pas à cette vague. D’une année à l’autre, les équipes ont dû gérer de 40 000 à 45 000 passages.
Une expérience récente dont les résultats sont parus au printemps dans Nature (section communications medicine) montre, chiffres à l’appui, que la part du « temps de soin direct » est bien plus faible que ce que l’on imagine, spécialement pour les urgentistes. À l’inverse, l’étude montre que les tâches non médicales (administration, coordination, etc.) pèsent lourd dans l’organisation quotidienne.
Pour parvenir à cette double conclusion, les auteurs ont exploité ce qu’on appelle le système de positionnement intérieur (IPS) fondé sur une technologie dite ultrawideband (UWB). Ce dispositif a permis de suivre à la trace pendant quarante-six jours, au printemps 2022, tous les déplacements dans le service de 27 professionnels, dont neuf médecins, équipés de badges capteurs. L’intérêt fondamental de l’expérience réside dans l’enregistrement en temps quasi réel des données, qui sont ensuite agrégées et classées en différentes zones d’activité afin d’estimer la répartition la plus juste possible du temps de travail des équipes.
Corrélation avec la charge de travail
Dans le détail, les médecins de Firminy consacrent selon l’expérience entre 26 % et 39 % de leur temps à des activités directement liées aux soins : prise en charge des patients, actes médicaux, coordination clinique. Chez les infirmiers, cette part grimpe à 50 %.
L’étude fait aussi un lien entre les tâches qui ne relèvent pas du soin et leur poids en fonction de la charge de travail. « La charge des activités non liées aux soins semble être largement induite par le temps consacré aux tâches administratives et aux déplacements, lit-on. Pour les médecins, la part de [ces] activités apparaît corrélée au niveau d’occupation du service. » Autrement dit : plus on a besoin des urgentistes pour soigner dans un service saturé, moins ils sont disponibles pour le faire.
Degré de fiabilité
Pour parvenir à cette conclusion, les auteurs ont usé d’une méthodologie à deux niveaux. Ils ont tout d’abord couplé les positions géographiques recueillies par UWB à une cartographie fine du service, puis utilisé un algorithme d’apprentissage (random forest) afin d’identifier avec précision la catégorie professionnelle du porteur du badge. Ce degré de fiabilité (à 96 %, indique l’étude) rend les mesures robustes pour l’analyse des données relatives aux temps, aux activités et aux déplacements des soignants. « Nos résultats suggèrent que l’optimisation de l’aménagement de l’espace et la réduction des déplacements inutiles pourraient améliorer l’efficacité des flux de travail, insistent les auteurs. En identifiant les zones où les professionnels passent un temps disproportionné, les données de positionnement intérieur peuvent contribuer à repenser les flux de travail des urgences. »
L’étude est toutefois limitée par son champ d’application (un seul service d’urgences), sa durée et le nombre de soignants badgés. Elle n’en offre pas moins une lecture inédite du temps de travail hospitalier et des leviers opérationnels simples à actionner pour améliorer le quotidien des équipes soignantes.
Fin de vie : le Sénat rejette l’aide active à mourir et adopte la PPL sur les soins palliatifs
Fin de vie : le Sénat défend des moyens supplémentaires pour les soins palliatifs
Deux des trois dirigeants de la Ciivise claquent la porte
Fin de vie : le Sénat enterre l’aide à mourir