Rugby : la mort au pied des poteaux

- Mis à jour le 12/07/2019

Crédit photo : DR

2018, annus horribilis du rugby français : en une saison 4 joueurs décèdent suite à un violent contact sur un terrain de rugby. Louis Fajfrowski, 21 ans, ailier de l'équipe d'Aurillac, ne sera pas réanimé après le malaise qu'il fait dans le vestiaire qu'il regagnait après un choc violent. Le 12 décembre, le joueur espoir du Stade Français Nicolas Chauvin, 19 ans, succombe à un malaise cardiaque lors d'un match contre l'UBB. Le 20 mai, c'est un jeune joueur amateur de 17 ans qui est retrouvé mort dans son lit au lendemain du match, à Billom dans le Puy-de-Dôme.

Matchs trop rapprochés, sans temps de repos suffisant, pas de suivi médical malgré un choc violent entraînant -on ne le sut que trop tard- un traumatisme crânien avec fracture… Le dernier cas résume à lui seul tout ce que le Pr Jean Chazal reproche aux dérives d'un sport cher à son cœur dans le livre «Ce rugby qui tue», qui vient de sortir aux éditions Solar.

Empêcheur de tourner en rond

Neurochirurgien et ancien président de la commission médicale de l'ASM Clermont Auvergne, le Pr Chazal est ce qu'il convient d'appeler un lanceur d'alerte, voir un «empêcheur de tourner en rond» pour reprendre sa propre expression. Ces dernières années, les «tampons» adressés à l'encontre des dérives du professionnalisme et des dysfonctionnements de la ligue nationale de rugby et de la fédération lui ont valu des inimitiés, même au sein de l'observatoire médical du Rugby qui l'avait auditionné en vue de proposer des solutions à l'explosion de la prévalence des blessures dans le rugby professionnel.

Diagnostic sans appel

Rugbymen sur musclés «qui dépassent les normes de l'homo sapiens», batailles d'ego, abyssales différences de gabarit, enjeux économiques qui l’emportent sur la sécurité des joueurs… Dans son livre, le Pr Chazal décrypte avec une précision chirurgicale les mécanismes qui ont conduit à ce qu'il qualifie de «scandale de l'amiante du rugby ». Perfectionniste dans son approche, il aborde également la problématique de l'expertise médico-légale (l'homme a aussi été expert judiciaire en neurochirurgie et neuroanatomie pendant 25 ans) qui sera nécessaire pour évaluer l'indemnisation des «dos cassés» que le rugby moderne largue dans son sillage.

L'introduction, un peu laborieuse, a le mérite de situer le parcours de l'auteur, Aveyronnais, rugbyman de cœur qui s'est consacré corps et âme à la neurochirurgie à la suite d'une fracture de la colonne vertébrale. Passé cette première étape, l'ouvrage se révèle passionnant, non seulement pour les fans de sport, mais aussi pour les confrères curieux qui trouveront leur compte dans un copieux chapitre dressant un état des connaissances les bases mécaniques et anatomiques des lésions médullaires et autres traumatismes crâniens, ainsi qu'une description méthodique des conséquences fonctionnelles et des traitements chirurgicaux envisageables.

«Ce rugby qui tue». Pr Jean Chazal. 180 p. 16,90€