« Première étude de phase III positive associant l’immunothérapie à la chimiothérapie en néoadjuvant »

Par
Karelle Goutorbe -
Publié le 18/10/2019
L’ajout du pembrolizumab à la chimiothérapie, au stade néoadjuvant du cancer du sein triple négatif, augmente de 14 % le taux de réponse pathologique complète (pCR). Ces premiers résultats positifs d’une immunothérapie néoadjuvante sont d’autant plus prometteurs que l’augmentation de la pCR influe sur la réduction du risque de rechute.
Dr Delphine Loirat

Dr Delphine Loirat
Crédit photo : DR

L’étude de phase III KEYNOTE-522 a évalué l’administration néoadjuvante d’une immunothérapie, le pembrolizumab (Keytruda, anti-PDL1), associé à une chimiothérapie (paclitaxel-carboplatine suivis de cyclophosphamide-anthracycline), versus la même chimiothérapie seule (1). Une phase adjuvante, comparant après la chirurgie le pembrolizumab à un placebo, complétait l’essai. Au total, étaient incluses 1 174 patientes atteintes de cancer du sein triple négatif (récepteurs hormonaux et Her2 négatifs). En pratique, ces cancers représentent environ 15 à 20 % des tumeurs mammaires.

65 % de réponse pathologique complète

Après un suivi de 15,5 mois, les résultats, obtenus sur les 602 premières patientes traitées en néoadjuvant, ont mis en évidence une amélioration significative de la pCR, évaluée après l’ablation tumorale : 51,2 % sous chimiothérapie seule versus 64,8 % avec l’ajout de l’inhibiteur de PD-L1 (p = 0,00055). « Le principal enjeu de la prise en charge du cancer du sein triple négatif est d’éviter les rechutes, souvent métastatiques. Or, la pCR est un facteur pronostique de rechute. En effet, la probabilité de rechute diminue fortement quand les patientes n’ont plus de cellules vivantes dans la pièce de mastectomie », explique la Dr Delphine Loirat, Institut Curie (Paris). L’ajout de l’immunothérapie réduisait également le risque de progression de 37 %, traduisant une tendance favorable à prolonger la survie sans évènements. Cette tendance, non significative, est à confirmer ultérieurement. En revanche, une faible valeur prédictive du biomarqueur PD-L1 était observée sur le taux de réponse.

« C’est la première étude de phase III positive, toutes tumeurs confondues, associant l’immunothérapie à la chimiothérapie en néoadjuvant, souligne le Dr Loirat. C’est la « preuve de concept » démontrant que l’association chimiothérapie et immunothérapie en phase précoce peut avoir un bénéfice ».

Les toxicités sévères (≥ grade 3) dues au traitement étaient surtout liées à la chimiothérapie et retrouvées chez respectivement 78 % et 73 % des patientes du groupe immunothérapie et placebo. « Les toxicités en lien avec l’immunothérapie sont assez faibles (42 % vs 21 %) et les effets hématologiques de la chimiothérapie ne sont pas augmentés », relève la Dr Loirat.

D’après un entretien avec la Dr Delphine Loirat, Institut Curie (Paris).
(1) Schmid P. et al, abstract LBA8

Karelle Goutorbe

Source : lequotidiendumedecin.fr