PLFSS : les députés inquiets du déficit de la Sécu, Gérald Darmanin se défend

Par
Marie Foult -
Publié le 11/10/2019

Crédit photo : S. Toubon

Auditionnés ce jeudi devant la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, la secrétaire d'État Christelle Dubos et le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin ont défendu les arbitrages du gouvernement dans la loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2020.

Les députés se sont montrés particulièrement inquiets du déficit de la Sécu (l'équilibre des comptes sociaux est finalement attendu pour 2023 au lieu de cette année), dû à la non-compensation des mesures d'urgence votées dans la foulée de la crise des Gilets jaunes, conjuguée à la diminution des recettes et à des prestations vieillesse plus dynamiques.

« Il y a beaucoup de choses positives dans le texte, mais il y a aussi des sujets qui sont revenus régulièrement en auditions, [comme] le financement de l'hôpital dans le contexte de tension que nous connaissons, [...] et la question de la non-compensation des mesures d'urgence, dans un contexte où la Sécurité sociale allait enfin pouvoir être à l'équilibre. Cela a suscité de l'émoi », souligne le rapporteur général du projet de loi Olivier Véran (LREM, Isère), neurologue hospitalier. Autre élue de la majorité, Charlotte Lecocq (Nord), souhaite que le retour à l'équilibre reste « la priorité ». « Nous serons vigilants sur la soutenabilité de notre modèle social », indique la députée.

« Nous avons choisi de baisser l'impôt des Français, justifie Gérald Darmanin. D'ailleurs, l'État prend la plus grande part de ces mesures d'urgence, c'est-à-dire 14 milliards ; donc on ne peut pas dire qu'il se soit déchargé sur la Sécurité sociale. »

« L'hôpital brûle… »

Sans surprise, ce sont les députés de l'opposition qui se sont montrés les plus virulents face à ce retour du déficit. « Nous sommes très loin du satisfecit de l'an dernier affiché par les ministres ! On l'avait prévu et on vous avait mis en garde, assure le Dr Jean-Pierre Door, cardiologue élu dans le Loiret (LR). L'ONDAM est à 2,3 %, mais comment le tenir avec le déficit des hôpitaux et la mise en place de Ma santé 2022 ? » Son collègue Jean-Carles Grelier (LR, Sarthe) estime, lui, que l'objectif national de dépenses d'assurance-maladie avait été vécu comme « un camouflet » par les professionnels de santé. « Notre système de santé brûle et vous regardez ailleurs », s'emporte-t-il.

Comme les formules chiraquiennes séduisent à droite comme à gauche, « l'hôpital brûle et vous regardez ailleurs », rajoute Boris Vallaud (PS, Landes). « Il y a besoin de lits en aval, de création de postes et d'un investissement considérable. Nous insultons l'avenir », s'indigne l'ancien conseiller ministériel. Pour Caroline Fiat (LFI, Meurthe-et-Moselle), le projet de loi est « un texte de renoncement » et « une déception ». « Le déficit à 5,4 milliards d'euros est un cruel retour à la réalité », indique l'ancienne aide-soignante.

Tarifs hospitaliers positifs

« Le matin, quand je me lève, si j'ai le choix entre la Sécurité sociale en déséquilibre et à l'équilibre, je prends plutôt l'option en équilibre ! [...] On a du mal à vous suivre, M. Door, vous avez voté dans l'Hémicycle la désocialisation des heures supplémentaires, vous n'avez pas voté contre l'intégralité des mesures d'urgence économique et sociale. Dans ce cas je vous invite à choisir votre camp ! M. Vallaud, on rattrape vos bêtises sous le quinquennat précédent, quand vous étiez à 1,8 % d'ONDAM. L'hôpital ne connaît pas la crise que depuis cette année », leur a répondu Gérald Darmanin, visiblement agacé.

Christelle Dubos, secrétaire d'État auprès de la ministre de la Santé (retenue à Lyon, au Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose), a tenu à souligner que l'ONDAM hospitalier permettait 1,6 million d'euros de ressources supplémentaires. « Nous sommes le premier gouvernement à faire des tarifs hospitaliers positifs depuis plus de dix ans et nous avons restitué aux hôpitaux près de 400 millions d'euros de crédits jusqu'à présent gelés », conclut-elle.


Source : lequotidiendumedecin.fr