Autrefois considéré comme un « problème » de pays à revenu élevé, le surpoids augmente dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Près de la moitié des enfants de moins de 5 ans en surpoids ou obèses en 2024 vivaient en Asie et leur nombre a augmenté de plus de 12 % en Afrique en vingt-cinq ans.
En France, près de la moitié de la population était au moins en surpoids en 2024 alors que l’obésité touchait près de 18 % de la population adulte, soit 6 millions de Français. Maladie chronique, multifactorielle et récidivante, l’obésité associe accumulation de graisse corporelle, dysfonctionnement du tissu adipeux et inflammation systémique chronique, facteur clé de la résistance à l’insuline. Elle constitue ainsi un facteur de risque indépendant de maladies cardiovasculaires.
Des idées reçues qui freinent le soin
La société, nous y compris, considère parfois l’obésité comme une question de volonté plutôt que de biologie. Ce stéréotype, s’il influence nos pratiques médicales, constituera un gros frein au recours aux soins pour les patients. Ce trouble complexe, qu’il serait bon de reconnaître, enfin, comme une affection longue durée (ALD), est en réalité modulé par de nombreux facteurs, physiologiques, hormonaux, socio-économiques et culturels : des modifications spécifiques de l’axe intestin-cerveau ou du microbiote intestinal ont été décrites en cas d’addiction alimentaire ; des facteurs environnementaux comme la suralimentation, l’alimentation ultratransformée, la sédentarité et les perturbateurs endocriniens, souvent lipophiles, sont de plus en plus incriminés. L’obésité est aussi près de quatre fois plus fréquente dans les populations défavorisées et cette tendance s’est accentuée ces dernières années. Enfin, son fardeau économique et professionnel pèse davantage sur les femmes : les Canadiennes obèses ont ainsi moins de chances d'être embauchées, gagnent moins et sont davantage victimes de discrimination au travail que les Canadiens obèses.
Double peine pour les femmes, qui sont aussi confrontées à des difficultés spécifiques de gestion de leur poids lors des changements hormonaux (SOPK, grossesse, périménopause et ménopause…). Ces derniers affectent la répartition des graisses et augmentent le risque de syndrome cardiorénal et métabolique. L'obésité peut affecter la fertilité mais une perte de poids de 5 à 10 % améliore la conception. En cas de grossesse, le risque de mort maternelle est respectivement multiplié par 1,6 et 3 en cas de surpoids ou d’obésité. Le poids avant la conception est donc un important facteur prédictif de la santé maternelle et néonatale. Enfin, on estime en France à 16,9 % le taux de seniors obèses et les femmes ménopausées sont particulièrement exposées aux complications de l’obésité.
Le sexe ou le genre sont encore rarement pris en compte dans l'évaluation et la prise en charge de l’obésité
À ce jour, aucun pays n'est parvenu à endiguer la progression du surpoids ou de l'obésité chez les adultes, et le sexe ou le genre sont encore rarement pris en compte dans l'évaluation et la prise en charge de la maladie. Si les femmes sont souvent plus motivées à maigrir que les hommes, elles obtiennent de moins bons résultats sur le poids et le bilan métabolique. En ce qui concerne les nouveaux traitements médicamenteux de l’obésité, plusieurs études suggèrent également une différence entre les sexes, avec une meilleure réponse des femmes au traitement par rapport aux hommes. Mais, depuis une récente méta-analyse, on connaît mieux maintenant les limites de ce traitement. Depuis les travaux de la Haute Autorité de santé chez l’adulte, nous disposons, en France, de recommandations spécifiques aux femmes pour mettre en œuvre des actions, en prévention, au moment du diagnostic ou aux diverses étapes de la vie. La santé globale des Françaises bénéficiera aussi, bien sûr, de la prévention secondaire et tertiaire de l’obésité issue de la récente feuille de route 2026-2030 (orientation précoce, filières obésité, formation des professionnels de santé…).
Approche féminine globale et personnalisée
À l'échelle mondiale, toutes ces observations poussent à une approche féminine globale et personnalisée de l'obésité pour prendre en compte les facteurs physiologiques spécifiques, les défis de la santé reproductive et les barrières économiques, psychologiques et socioculturelles des patientes. Reste à enrichir encore les connaissances sur les différences entre les sexes par la réalisation de travaux complémentaires, cliniques, mais aussi de recherche. Un continent entier reste à découvrir…
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