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Par
Didier Pennequin -
Publié le 20/01/2020

Un batteur scandinave, une pianiste franco-arménienne et son homologue antillais illustrent l'universalité du jazz actuel.

Snorre Kirk et Stephen Riley

Snorre Kirk et Stephen Riley
Crédit photo : STEPHEN FREIHEIT

* En général, l'école de jazz qui émane des pays nordiques propose un style épuré, souvent aérien, dans lequel chaque note semble calculée, choisie, évaluée. En un mot, septentrionale. Rien de tout cela avec Snorre Kirk, Norvégien installé au Danemark. Dans son nouvel opus, « Tangerine Rhapsody » (Stunt Records/Una Volta Music), le batteur/compositeur étonne, voire détonne. Avec un swing façon années 1930-1940 qui procure cette irrésistible envie de bouger du pied et de claquer des doigts. Une gageure aujourd'hui !

Pour restituer cette atmosphère surannée, le leader a convié deux saxophonistes ténors. L’Américain Stephen Riley, dont le souffle instrumental plus qu'audible, le son et le jeu semblent tout droit découler de ceux de Ben Webster, Coleman Hawkins et Lester « Prez » Young. Et le Danois Jan Harbeck, fidèle disciple du même Ben Webster.

Huit compositions originales, ancrées dans la tradition, d'un batteur qui idolâtre Gene Krupa et qui sait encore ce que le jazz dans sa quintessence possède comme valeur, certes désuète et anachronique : le swing !

* Grâce à l'étiquette « jazz », qui fut il y a une trentaine d'années synonyme d'ouverture aux musiques dites du monde, de nombreux artistes ont pu saisir leur chance. Comme la pianiste/compositrice et vocaliste française d'origine arménienne Macha Gharibian. Son nouveau CD au titre très coltranien, « Joy Ascension » (Meredith Records/Rue bleue/PIAS), s'ouvre par un surprenant et intimiste duo voix/contrebasse. Elle se plaît à bousculer certains codes tout en gardant en ligne de mire l'héritage traditionnel, les inflexions jazzy et la création d'atmosphères. Qui parfois débordent de groove et parfois sont minimalistes.

Accompagnée de Chris Jennings (contrebasse) et de Dré Pallemaerts (batterie), plus deux invités, elle arpente divers horizons musicaux, parfois avec une certaine mélancolie et une forte incantation. Elle présentera sa musique le 23 janvier dans le cadre du festival Au fil des voix à Paris.

* On retrouve l'admirable contrebassiste canadien Chris Jennings, installé à Paris depuis des années et particulièrement demandé, dans le trio de Grégory Privat. Comme beaucoup, le claviériste/vocaliste et compositeur, né en Martinique, est un créateur d'atmosphères, de tableaux, de paysages musicaux. Qui se reflètent dans son dernier disque, « Soley » (Buddham Jazz/L'Autre Distribution). Le leader, qui a une vision hybride de sa musique, mélange ses racines caribéennes, le jazz fusion et électronique et le chant à travers quinze compositions personnelles. Un travail éclectique aux frontières des musiques vivantes, qui sera présenté en concert les 27 et 28 janvier au Duc des Lombards à Paris.

Didier Pennequin

Source : Le Quotidien du médecin