Spectacles Feydeau et Hugo

Visages du XIXe siècle

Par
Armelle Héliot -
Publié le 06/02/2020
Mort en 1885, Victor Hugo n’a pu connaître les triomphes du jeune dramaturge, né soixante après lui, Georges Feydeau. Mais l’auteur du « Système Ribadier » avait débuté à pas même 20 ans. Dans l’édition des « Choses vues », en 1885, à quelques jours de son dernier souffle, au 19 mai, le grand sage note : « Aimer, c’est agir ». Il y a quelque chose d’artificiel dans le rapprochement de ces deux spectacles à l’affiche à Paris. Mais puisqu’ils sont, chacun à sa manière, excellents, autant vous en parler vite !
« Le Système Ribadier »

« Le Système Ribadier »
Crédit photo : CÉLINE NIESZAWER

« Le Système Ribadier » (1) est une comédie en trois actes de Georges Feydeau régulièrement mise en scène : on a vu il y a quelques années la version de Christian Bujeau avec Léa Drucker et Bruno Solo, puis, plus récemment, l’épatante formule de Zabou Breitman avec la troupe de la Comédie-Française au Vieux-Colombier. Laurent Lafitte, Laurent Stocker, Julie Sicard y faisaient assaut de folie. On ne se lasse pas de revoir ce chef-d’œuvre irrésistible.

Aux Bouffes Parisiens, Ladislas Chollat a réuni une distribution remarquable. C’est une production soignée, avec un décor cinétique très amusant d’Emmanuel Charles et des lumières d’Alban Sauvé. Tout est traité en dominantes noir et blanc, avec quelques rares touches d’autres couleurs. On est un peu dans un film burlesque. Noir et blanc, également, les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz. Tout est vif, ultrarapide, et les musiques de Frédéric Norel ajoutent à l’effet « centrifugeuse » !

Eugène Ribadier est un coquin. Pierre-François Martin-Laval (Pef), l’inventeur des Robin des Bois, est à l’aise dans cette partition de mari trop content d’avoir inventé un système pour ne pas inquiéter son épouse lorsqu’il court retrouver sa maîtresse. Sa femme Angèle, veuve d’un homme qui la trompait déjà, Robineau, se doute bien de quelque chose, mais comment comprendre que le volage époux sait hypnotiser… Dans ce rôle, Valérie Karsenti est parfaite.

Voici que, revenant de Batavia, Aristide Thommereux, amoureux transi d’Angèle, s’est décidé à retrouver sa chérie. En costume des colonies, Patrick Chesnais est extraordinaire. D’une jeunesse, d’une mobilité incroyables. Il bouge, il casse son corps, il débite son texte avec une célérité cocasse, il est un Thommereux ridicule et touchant à la fois. Formidable.

Citons encore, ils sont très bons eux aussi, Elsa Rozenknop, Benoît Tachoires, Emmanuel Vérité. Une soirée pour rire et rire encore qui confirme le talent de Ladislas Chollat dans des registres très différents !

La  pensée du poète

Au Poche-Montparnasse, dans la salle du bas, des calicots reprennent des dessins ou des pages d’écriture de Victor Hugo. Une scénographie de Marguerite Danguy des Déserts qui rappelle les talents de dessinateur du poète et donne une atmosphère juste et douce à la représentation de « Choses vues » (2), avec l’appui des lumières de François Loiseau et des pages du « Clavier bien tempéré » de Bach.

Christophe Barbier a puisé dans la volumineuse matière pour retenir, en les thématisant, quelques pages, quelques notes. Il joue, face à Jean-Paul Bordes, sous la houlette de Stéphanie Tesson, qui a imaginé les mouvements, les ruptures, les sentiments. Dans des costumes noirs de Corinne Rossi, les interprètes sont en miroir, accordés, différents. C’est simple et beau comme la pensée de Victor Hugo. Une très belle soirée.

 

 

(1) Bouffes Parisiens, pour plusieurs mois. Durée 2heures. Tél. 01.42.96.92.42, bouffesparisiens.com

(2) Poche-Montparnasse, jusqu'au printemps. Durée 1h20. Tél. 01.45.44.50.21, theatredepoche-montparnasse.com

Armelle Héliot

Source : Le Quotidien du médecin