« 7 Morts sur ordonnance » au théâtre

Une épure radicale

Par Armelle Héliot
Publié le 14/02/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
Théâtre-7 Morts

Théâtre-7 Morts
Crédit photo : LAURENCINE LOT

Lorsqu’il sortit en 1975 sur les écrans, le film de Jacques Rouffio fit un effet profond dans la société française et rassembla un très grand nombre de spectateurs. Comme le proclament les affiches d’aujourd’hui, « 7 morts sur ordonnance » est « basé sur des faits réels ».

L’écrivain Georges Conchon, prix Goncourt, journaliste, enquêteur, grand auteur passionné par la violence des sociétés et du monde capitaliste (« l’État sauvage », prix Goncourt 1964, « le Sucre », « la Banquière »), et aussi amoureux des comédies (« Mon beau-frère a tué ma sœur »), a fait de « Sept Morts sur ordonnance » bien plus que la relation de faits-divers très violents. Il a nourri un film formidablement ancré dans son temps. Un film d’action porté par des comédiens magnifiques : Vanel, Auclair, Piccoli, Depardieu, Birkin, Vlady, entre autres.

L’excellence de l’interprétation est au rendez-vous de la transposition signée Francis Lombrail, directeur du théâtre et acteur dans le spectacle, et Anne Bourgeois, metteuse en scène. Mais ils ont pris des options radicales : ils ont considéré que le texte se suffisait. Ils ont pensé que le tragique n’avait pas besoin d’ancrage. Et, sans doute, aujourd’hui comme toujours, les relations humaines sont d’autant plus violentes que des enjeux de pouvoir, intellectuel, économique, mondain, entre autres, sont en cause.

Dans un décor volontairement dépouillé (« froid comme une clinique », écrit-on lorsqu’un espace est glacial), ils font comparaître, comme en un procès, les protagonistes, souvent deux par deux, en scènes qui font avancer l’intrigue, mais dans un mouvement très démonstratif.

Cela se passe dans le monde de la médecine, en « province » (on disait cela alors, maintenant on dit « région »). Dans le monde des puissants. Du mandarinat et de l’argent. Effectivement, à la base, il y a d’épouvantables faits-divers qui se sont réellement déroulés à Reims. Mais ce qui est montré des haines et des combats pour la notoriété pourrait se passer dans le monde des professeurs de littérature ou des entrepreneurs immobiliers. Partout. Ce que n’ont pas assez pris en compte les adaptateurs, c’est la richesse de la description sociale dans le film. On ne peut pas faire une adaptation radicale dans un décor froid. Aussi magistraux soient les interprètes.

Claude Aufaure, exceptionnellement méchant, effrayant de douceur, Valentin de Carbonnières dont l’énergie sera écrabouillée, Bruno Wolkowitch, déchiré, déchirant, Julie Debazac, sa femme, forte, sensible, Jean-Philippe Puymartin, le psychiatre et ami, Francis Lombrail, le policier dont la femme meurt juste avant une opération, Philippe Bêche, Bruno Paviot sont très convaincants et retiennent toute notre attention.

Reste que ce que l’on peut faire avec une pièce aussi puissante que « Douze hommes en colère » ne convient pas à cette adaptation loyale mais un peu raide, pour le moment.

Théâtre Hébertot, durée 1h45. Tél. 01.43.87.23.23, www.theatrehebertot.com

Armelle Héliot

Source : Le Quotidien du médecin: 9724