Au théâtre, « Ça ira (1) Fin de Louis »

Troublante actualité

Par Armelle Héliot
Publié le 18/04/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
Théâtre-Ca ira

Théâtre-Ca ira
Crédit photo : ELIZABETH CARECCHIO

Au « présent du passé », c’est ainsi que Joël Pommerat avait souhaité évoquer quelques grandes paroles et actes de la Révolution française. Des costumes contemporains, un environnement neutre, tables, chaises, un travail très important sur les lumières (Éric Soyer), une bande-son précise, des chansons d’aujourd’hui (Daft Punk, Arno), rien n’inspire ici l’idée d’une reconstitution, rien ne prétend à la vérité stricte.

Le spectacle s’appuie pourtant sur une recherche très sérieuse de plusieurs années avec l’aide d’historiens, une longue mise au point au cours de répétitions très poussées. À l’automne 2015, « Ça ira (1) Fin de Louis » avait fait grande impression. Près de quatre ans et deux cent et quelques représentations plus tard, en France et dans le monde, cette étonnante plongée est reprise par un grand théâtre privé parisien, celui de la Porte Saint-Martin.

Les quatorze interprètes, chacun jouant au minimum quatre personnages, troupe athlétique, précise, vive, capable de passer d’une situation et d’une émotion à une autre, sont remarquables. Quinze figurants sont en appui, répartis dans la salle. Ils approuvent ou rejettent les orateurs, tentent de comprendre les événements, y participent. Applaudissent (beaucoup). Souvent la salle est éclairée, comme si l’on était dans la salle des États généraux à Versailles ou dans des assemblées de quartier à Paris. Cela tient en éveil !

On n’est pas ici du côté du dialogue léger. Pourtant, certaines répliques sont drôles, et l’on rit même au cœur de moments graves. Mais la plupart du temps, il s’agit de prises de paroles, de réflexions argumentées. Cela demande aux interprètes, en plus de la forme physique, une concentration très grande. Le temps passe très vite : 1 h 45, une pause de dix minutes, 1 h 25, une pause de dix minutes, 1heure. Le régime de la représentation est excellent et on ne voit quasiment personne quitter la salle en cours de route.

C’est que, au-delà de la présence des comédiens formidables qui mériteraient tous un commentaire, au-delà de ce théâtre beau et puissant, ce qui se dit est sidérant pour les spectateurs d’aujourd’hui. Les effets de résonance sont nombreux, à l’heure du mouvement des gilets jaunes, du grand débat, des revendications multiples, en France aujourd’hui. Le public n’en revient pas ! Même si chacun mesure que rien ne peut se superposer exactement d’hier à notre présent. Il ne s’agit pas de faire des amalgames, mais de réfléchir ensemble en suivant un spectacle enthousiasmant. C’est pas mal !

 

 

Théâtre de la Porte Saint-Martin, jusqu’à fin juillet. Du jeudi au dimanche. Durée 4 h 30 avec deux courts entractes. Tél. 01.42.08.00.32, www.portestmartin.com

Armelle Héliot

Source : Le Quotidien du médecin: 9742