Vacances en France (6)

Trésors cachés en Luberon

Par
Philippe Bourget -
Publié le 19/06/2020
Cette région du Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence est depuis cinquante ans un haut lieu de peopolisation estival. Près d’Avignon, des villages cultes ont certes acquis une notoriété immense, mais hors des sentiers battus, la région dévoile aussi un charme méconnu. Révélations…
Le bassin de Cucuron

Le bassin de Cucuron
Crédit photo : PHOTOS PHILIPPE BOURGET

Y a-t-il autre chose que les BROG en Luberon ? Les BROG ? Bonnieux, Roussillon, Oppède, Gordes, le quatuor phare un peu bling bling des villages du territoire. Avec leurs pierres apparentes restaurées, leurs mas-hôtels quatre étoiles et la vague « parisienne » qui les submerge chaque été, ils incarnent une forme de dolce vita à la française, un havre bobo chic pour quinquas accomplis. Par bonheur, le Luberon a d’autres facettes à faire valoir. Pour trouver les plus brillantes, il faut appliquer l’un des deux préceptes suivants : fuir vers l’est ou s’échapper au sud.

Allons d’abord à l’est. Plus on s’éloigne de la vallée du Rhône et de la gare d’Avignon-TGV, plus le territoire reprend des accents de virginité. Ainsi, au-delà d’Apt, on préférera aux carrières d’ocre de Roussillon celles de Rustrel. Au menu : une balade pédestre « rouge » autour d’anciennes excavations de la roche, utilisée comme pigment en décoration et en maçonnerie. À Viens, aguichant patronyme, on se promène dans les ruelles d’un village joliment perché sur un castrum et vibrant d’initiatives citoyennes (mairie bioclimatique, jardins partagés, Rencontres de l’Art et de l’Hospitalité…). Juste au nord de Viens se cachent les gorges d’Oppedette. L’échancrure, inattendue, entame le relief calcaire sur près de 3 km. Trois heures de marche sont nécessaires pour la balade du « tour des gorges », creusées par la rivière Calavon.

Les premiers champs de lavande

En ce Luberon oriental, on rejoint déjà les Alpes-de-Haute-Provence. Les ciels purs et cristallins irradient de bleu le jour et d’étoiles la nuit. Il n’est donc pas surprenant d’y trouver l’Observatoire de Haute-Provence. Un Centre d’astronomie organise là des veillées d’observation et, l’été, les Nuits des Étoiles.

Autour de Saint-Michel-l’Observatoire s’égrène un chapelet de villages qu’il fait bon rejoindre par des routes secondaires à l’odeur de garrigue. Vachères, Revest-des-Brousses, Limans (excellents plats de terroir au « Bistrot »), Monsalier, Sainte-Croix-à-Lauze, Simiane-la-Rotonde… : une Provence proche de celle de Giono se livre sans artifice, au milieu des premiers champs de lavande. Simiane vaut un arrêt prolongé. Le donjon du château abrite une fascinante rotonde, une salle d’apparat voûtée décorée d’un bestiaire médiéval. S’y tiennent des expositions d’art contemporain et des concerts. Autre village où s’attarder : Reillanne. Le joli bourg serré autour de sa colline est dominé par une tour-clocher que l’on atteint par un lacis de ruelles pentues, d’allure moyenâgeuses.

Il est temps de contourner l’échine centrale du Luberon pour investiguer sa partie sud. Sur le trajet, encore des villages perdus, peu touristiques et plein de charme : Saint-Martin-les-Eaux, Villemus, Montfuron… Le crochet jusqu’à Pierrevert intéressera les amateurs de vins. C’est la seule appellation viticole des Alpes-de-Haute-Provence. Cave et domaines particuliers attendent patiemment les visiteurs.

Voici donc la partie méridionale du territoire, plus proche de Manosque et d’Aix-en-Provence que d’Avignon. Où l’on revient dans le département du Vaucluse, traversé ici par la Durance. Mirabeau et son château rappellent le film « Manon des Sources ». En 1985, la fontaine du village servit de cadre à de nombreuses scènes. À La Tour-d’Aigues, un château ruiné Renaissance trône étonnamment au cœur du bourg. Grambois est aussi dominé par un beau château du XVIe. Dans ce secteur, rares sont les touristes à savoir qu’on peut se baigner à l’étang de la Bonde et goûter des cerises dans le verger communal de La Motte-d’Aigues.

Il y a encore des pépites à découvrir. Autour de Lourmarin, seul village culte du sud Luberon, pour l’harmonie de ses pierres et le souvenir d’Albert Camus, inhumé au cimetière, d’autres communes piaffent de ne pas être aussi célèbres. À Villelaure, village de plaine, on trouve, en saison, les meilleures asperges de France. À Ansouis, le magnifique château Renaissance rappelle que lors de sa vente aux enchères en 2008, il a échappé d’un rien à Pierre Cardin. Cucuron voudrait qu’on la prenne au sérieux : son immense bassin ombragé, au cœur du bourg, est un bel exemple d’art rural. Et comment ne pas trouver du charme à Lauris, dont les pierres blondes sont perchées au-dessus de la Durance ? Ou à Mérindol, qui se souvient du drame des Vaudois, ces protestants massacrés en Luberon ? On achèvera le tour des surprises par les gorges de Régalon : ce corridor secret permet de grimper sur les hauteurs du plateau. Là où l’on est sûr de ne trouver aucune star…

 

 

Philippe Bourget
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Source : Le Quotidien du médecin