À la Comédie-Française, « Fanny et Alexandre »

Toutes les nuances de la vie

Par Armelle Héliot
Publié le 21/02/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
Théâtre-Fanny et Alexandre1

Théâtre-Fanny et Alexandre1
Crédit photo : BRIGITTE ENGUÉRAND, COLL. COMÉDIE-FRANÇAISE

Tout explose immédiatement. Un tourbillon. L’ivresse de la fête. L’effervescence. La joie partagée d’une soirée pas comme les autres, une soirée de Noël, sur le plateau d’un théâtre. On a joué la Nativité. On reconnaît la Sainte Vierge avec sa couronne d’ampoules, Saint Joseph et même Balthazar, l’un des Rois mages. On a joué, on a rendu heureux le public, on peut se laisser aller à la fête. On parle, on rit, on crie, on s’égosille, on débouche des bouteilles. Le champagne éclabousse tout. On s’embrasse.

On est dans le théâtre de la famille Ekdahl. On va y demeurer plus d’une heure. En invités privilégiés qui pénètrent dans les coulisses et comprennent peu à peu les liens des uns et des autres, les petits secrets, les belles âmes et les jouisseurs, les égoïstes et les généreux.

On est chez les Ekdahl, mais on est d’abord salle Richelieu, à la Comédie-Française, et on a le sentiment que ce sont les comédiens, ceux que l’on connaît si bien, les Denis Podalydès, Hervé Pierre, Elsa Lepoivre, Florence Viala, qui nous invitent, exceptionnellement, à partager l’intimité de la troupe, comme le font Laurent Stocker, Véronique Vella.

Julie Deliquet a construit tout son projet sur ce glissement : d’un théâtre à l’autre, d’une famille de théâtre autrefois à une troupe aujourd’hui. Elle a assez clairement, avec Florence Seyvos et Julie André, établi une version scénique en trois parties, en trois actes : la fête, le plus long, suivi par un entracte ; puis c’est l’atroce enfermement de l’évêché, avec un extraordinaire Thierry Hancisse et une glaçante Anne Kessler ; enfin viendra la délivrance par le retour au théâtre.

Tout cela donné allegro vivace. Et Fanny ? Et Alexandre ? Ce ne sont pas des enfants. Ce sont des adolescents, joués par deux jeunes brillants pensionnaires, Rebecca Marder, Jean Chevalier.

Ce que nous raconte Ingmar Bergman, qui avait, en 1982, pensé ce film comme son œuvre ultime, est d’une telle force que l’on est happé. Julie Deliquet ajoute de la joie, de la vie. On sent que les comédiens l’aiment – on devrait citer et louer chacun – et cela donne un merveilleux tourbillon de bonheur théâtral.

 

 

Comédie-Française, salle Richelieu, en alternance jusqu’au 16 juin. Durée : 2 h 45, entracte compris. Tél. 01.44.58.15.15, www.comedie-francaise.fr.

Armelle Héliot

Source : Le Quotidien du médecin: 9726