Résistants, combattants ou collabos… Il lance un appel pour recenser les médecins acteurs et victimes de la guerre 39-45

Par
Jean Paillard -
Publié le 13/06/2020
Monument aux morts de la faculté de médecine Paris-Descartes, à Paris. En médaillon, Jean Pol Durand. (Photo recadrée)

Monument aux morts de la faculté de médecine Paris-Descartes, à Paris. En médaillon, Jean Pol Durand. (Photo recadrée)
Crédit photo : Lionel Allorge (Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported)

Celui-là avait juré qu’il ne verrait pas Paris occupé. C’était il y a tout juste 80 ans, le 14 juin 1940 : au petit matin, alors que les premières bottes allemandes martèlent le pavé, Thierry de Martel, neurochirurgien réputé de l’hôpital américain de Neuilly se donne la mort devant sa table de travail. Des histoires comme celle qu’il évoque aujourd’hui pour « Le Quotidien », Jean Pol Durand en a des collections à raconter.

Voilà dix ans que cet ancien rédacteur en chef du « Quotidien du Médecin » mène une recherche méthodique sur les médecins acteurs et martyrs de la deuxième guerre mondiale. « J’avais été interpellé par un historien qui prétendait qu’on comptait, parmi les médecins, plus de collabos que de résistants. J’ai voulu consacrer mon temps libre à creuser plus sérieusement le sujet en enquêtant sur les médecins français pendant le conflit ; curieux aussi, comme beaucoup de gens de ma génération, de savoir ce qu’on aurait fait à leur place », explique-t-il.

Un travail considérable : « J’ai vite été dépassé par l’ampleur de la tâche, et j’ai préféré me consacrer d’abord à ceux qui étaient décédés pendant ces 5 années, bien aidé par un travail de thèse signé du Dr Laurent Cardonnet. Puis j’ai passé beaucoup de temps à reconstituer le sommaire au jour le jour de ce qu’aurait pu être “Le Quotidien du Médecin” s’il avait alors existé », explique-t-il.

Des centaines de confrères juifs dénoncés

Tout juste retraité, le journaliste s’est donc mué ces dernières années en historien de terrain, à la faveur de recherche sur la Toile et d’enquêtes au Mémorial de la Shoah, à la Chancellerie de la Libération, en bibliothèques, à l’état civil, auprès des familles, ... Sur le sujet, il est désormais intarissable. Et éclectique. Il parle de ce toubib, mort le 18 avril 1945 à Berlin, qui figura longtemps sur le monument aux morts de l’École de médecine, avant qu’on ne se rende compte qu’il était tombé sous l’uniforme de la SS après avoir dénoncé des centaines de confrères juifs (voir la photo d'illustration de l'article où son nom a été occulté).

Il rappelle le souvenir de ces deux médecins otages qui, en 1941, comptèrent parmi les premiers fusillés de Chateaubriand. Et cite ceux de l’hôpital Rothschild, qui sauvèrent des centaines d’enfants et dont l’action a été relatée mardi dernier sur France 2 dans une émission spéciale de Michel Cymes sur le sujet.

Hélas moins explorée : l’histoire tragique de ces médecins juifs roumains arrivés en France par milliers dans les années 30 et qui furent pour beaucoup déportés à Auschwitz. Ou la fin dramatique de cette femme médecin scolaire, accusée d'avoir fraternisé avec l’occupant, assassinée à la Libération, et dont le corps fut retrouvé boulevard du Montparnasse, atrocement mutilé… Plus inédit encore : le cas de ce « Docteur X » fusillé dans l’anonymat à Lyon en 1944 et dont le journaliste est fier d’être parvenu à retrouver l’identité à force d’obstination.

Un millier de membres du corps médical recensés

« Il y a eu aussi plein de médecins morts civils souvent anonymes, sous les bombes alliées de 1944. », Commente-t-il enfin, rappelant ces sept confrères morts à Brest sous les bombardements de la ville encore occupée.

Dans sa quête méthodique, Jean Pol Durand a donc réussi à recenser un millier de membres du corps médical disparus lors de la dernière guerre, dont 150 par lui-même, ajoutés aux 850 identifiés par la thèse du Dr Cardonnet. « J’en découvre encore un par mois. Mais il y en a sûrement d’autres. Les retrouver tous est un devoir de mémoire pour la génération des fils », avance-t-il.

Son projet est de leur rendre hommage, en dressant un mémorial à ces confrères connus et inconnus. « C’est une profession qui a sans doute été plus touchée que d’autres », estime-t-il, regrettant que l’Ordre n’ait pas souhaité l’accompagner dans sa démarche.

Pour avancer sur ce terrain délicat, huit décennies plus tard, il lance donc un appel dans « Le Quotidien » auprès des médecins qui voudraient le rejoindre. Objectif : parvenir à réunir toute une documentation aussi exhaustive que possible sur le sujet. Passionnés pour la période ou personnes ayant des attaches familiales avec la Résistance peuvent se manifester auprès de lui sur redaction@quotimed.com. « Le Quotidien » transmettra.

Le suicide du neurochirurgi... by Le Quotidien du Médecin on Scribd


Source : lequotidiendumedecin.fr