Des expositions à Paris et à Lille

Regards sur d'autres mondes

Par
Caroline Chaine -
Publié le 21/11/2019

Regards sur d’autres mondes : l’avant-gardisme en Inde du maharaja d’Indore au Musée des arts décoratifs de Paris ; 7 000 ans d’histoire à AlUla (Arabie Saoudite) à l’Institut du monde arabe ; et avec la grande artiste libanaise Etel Adnan, une réflexion sur la chute de l’empire ottoman au LaM de Lille.

AlUla, tombes nabatéennes

AlUla, tombes nabatéennes
Crédit photo : Y. ARTHUS-BERTRAND/HOPE PRODUCTIONS

« Moderne maharaja, un mécène des années 1930 » : l'exposition des Arts Déco (1) évoque Yeshwant Rao Holkar II (1908-1961), maharaja d’Indore. Le jeune prince fait ses études en Angleterre. Son précepteur, Marcel Hardy, lui présente l’architecte allemand Eckart Muthesius, fervent adepte du Bauhaus, à qui il commandera le palais de Manik Bagh, et l'écrivain Henri-Pierre Roché, qui sera son conseiller artistique pour l’aménager avec 20 créateurs au sein de cette effervescente création européenne des années 1930.

Portraits du couple de Boutet de Monvel, photos de Man Ray, chaise basculante Eileen Gray, argenterie de Jean Puiforcat, tapis d’Iavan Da Silva Bruhns, bijoux de Van Cleef and Arpels, le fameux lit en métal et verre de Louis Sognot et Charlotte Alix (ce sont aussi l’utilisation de nouveaux matériaux qui marquent cette décennie) : 500 pièces de cet ensemble dispersé lors d’une vente aux enchères en 1980 sont présentées avec la reconstitution de différentes pièces du palais. Sans oublier des commandes qui n’ont pas abouti, comme le plâtre original du grand « Oiseau dans l’espace » de Brancusi. Tradition et modernité que l’on retrouve en 1950 lorsque Nehru s’adresse à Le Corbusier pour construire la capitale du nouveau Pendjab, Chandigarh.

Depuis le Néolithique

À l'Institut du monde arabe (2), « AlUla, merveille d’Arabie - L’oasis aux 7 000 ans d’histoire » : 30 ans de recherche archéologique et épigraphique menée en partenariat avec la France permettent de dater les vestiges des civilisations successives. Habitée dès le Néolithique comme en témoignent les dessins gravés et les tombes, AlUla devient le passage obligé de la route de l’encens et de la myrrhe dès le VIIIe siècle avant J.-C. et pour 1 000 ans, sous la domination des royaumes de Dadan et Lihyân, identifiés par leurs sanctuaires et statues humaines et animales spectaculaires.

Au Ier siècle arrivent de Petra les Nabatéens de l’actuelle Jordanie, où l’on retrouve les mêmes tombeaux rupestres, 94 au total, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Avec leurs forts, les Romains en font la frontière sud de leur empire. Au VIIIe siècle, AlUla est sur l’une des routes de pèlerinage aux lieux saints de l’Islam. En 1900, un train relie Damas à La Mecque, une étape clef dans la conquête de Lawrence d’Arabie.

Les vestiges sont filmés par Yann Arthus-Bertrand dans leur environnement grandiose, associant la verdure de l’oasis aux grès rouges des canyons et aux roches volcaniques noires.

Après l'empire

« Le monde n’est pas nécessairement un empire », tel est le titre choisi par la Libanaise Etel Adnan pour son exposition du LaM (3), à Lille. Née en 1925 à Beyrouth dans une famille multiculturelle, elle se consacre à l’écriture après ses études à la Sorbonne et à Harvard. Dans les années 1950, elle peint des paysages abstraits, géométriques et très colorés pour montrer la beauté du monde. Ses deux talents sont réunis dans ses livres-poèmes en accordéon, les leporellos. Dans un documentaire de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, elle évoque à travers son histoire familiale les bouleversements du Proche-Orient depuis la fin de l'empire Ottoman.

(1) Jusqu'au 12 janvier, madparis.fr
(2) Jusqu'au 19 janvier, imarabe.org/fr
(3) Jusqu'au 15 décembre, musee-lam.fr

Caroline Chaine

Source : Le Quotidien du médecin