Au théâtre, « Change me », « les Pâtes à l’ail »

Questions de société

Par
Armelle Héliot -
Publié le 28/11/2019
« Change me », de Camille Bernon et Simon Bourgade, et « les Pâtes à l’ail » de Bruno Gaccio, Philippe Giangreco, Jean-Carol Larrivé : identité sexuelle ou droit à une mort digne, les auteurs de théâtre ne craignent pas les propos graves. Qu’ils les affrontent violemment ou les évitent habilement.
« Change me »

« Change me »
Crédit photo : BENJAMIN POREE

Créée il y a près de deux ans, « Change me » (1) a séduit la critique. Le texte est signé par deux jeunes trentenaires, metteurs en scène passés par le Conservatoire, Camille Bernon, qui interprète le personnage central d’Axel, et Simon Bourgade, qui a fondé avec elle la compagnie Mauvais Sang. On a donc découvert ce spectacle bien après qu’il a assis sa réputation d’excellence, de profondeur et d’intelligence.

La fable : Axel, une jeune fille, bande ses seins et se colle une prothèse dans l’entrejambe pour vivre sa vie de jeune garçon, à la grande inquiétude de sa mère, au milieu d’aînés qui ne se doutent de rien, au début… Quand il s’agit de se saouler avec deux garçons, tout peut passer. Baptiste Chabauty et Mathieu Metral sont de très bons interprètes. Mais un jour, il faudra affronter le désir de l’autre, une jeune fille, et tout tournera vinaigre, au grand désespoir d’une mère qui savait mais ne savait que faire. Les comédiennes aussi, Camille Bernon excellente dans un parcours très accidenté, Pauline Bolcatto, Pauline Briand, sont convaincantes, audacieuses et sensibles.

Pour raconter ce destin, les auteurs se réfèrent aux « Métamorphoses » d’Ovide, à la première pièce d’Isaac de Benserade (1612-1691), « Iphis et Iante », inspirée de l’œuvre de l’auteur latin, et à la vie d’un jeune Américain transgenre assassiné en 1993, Brandon Teena. Construction volontairement sophistiquée avec témoignages filmés en direct à l’arrière du plateau et projetés dans le décor.

Sans avoir lu de près le script, nul ne peut suivre clairement les éléments juxtaposés et très peu articulés. Les seuls liens sont une violence continue et un jeu paroxystique. Les interprètes sont talentueux et disciplinés, mais il y a trop de complaisance délétère pour que l’on puise ici la moindre leçon, le moindre éclairage. Et on n’est pas certain que ce spectacle ne soit pas très perturbant pour les adolescents.

L'aide à mourir en comédie

Autre thème grave pour « les Pâtes à l’ail » (2), titre appétissant d’une petite comédie qui se noue autour d’une question sociétale importante, mais qui ne prétend en rien faire la leçon. Elle a été écrite par trois amis. Bruno Gaccio et Philippe Giangreco se connaissent depuis l’enfance et jouent, Jean-Carol Larrivé les met en scène et a ajouté son grain de sel.

L’argument est simple : Vincent (Philippe Giangreco) demande à son frère de toujours Carlo (Bruno Gaccio) de lui permettre de ne pas subir la déchéance qu’il craint, alors qu’il vient d'apprendre qu’il a un cancer. Il faut donc l’aider à mourir. Lui fournir des produits… Dilemme. Mais en fait la comédie glisse d’elle-même alors que, pour la première fois, leurs rituelles pâtes, sont mal cuites…

Ne cherchez pas ici une interrogation rigoureuse sur une question très grave. Mais, complices, Gaccio et Giangreco prennent beaucoup de plaisir à jouer et à partager avec un public qui leur est tout acquis.

(1) Théâtre Paris-Villette (qui rouvre après réhabilitation), jusqu'au 7 décembre, puis en tournée en 2020, durée 1 h 35. Dans le même théâtre, reprise de « la Magie lente » de Denis Lachaud, à propos d’un cas de schizophrénie, jusqu’au 7 décembre.
Tél. 01.40.03.72.23, theatre-paris-villette.fr
(2) La Scène parisienne, jusqu'au 31 décembre, à 19 heures du jeudi au samedi, durée 1 h 15. Tél. 01.40.41.00.00, tlsp.paris

Armelle Héliot

Source : Le Quotidien du médecin