« Le Canard à l’orange » et « Encore un instant »

Pour rire, beaucoup rire

Par
Armelle Héliot -
Publié le 28/02/2019
Théâtre-Encore un instant

Théâtre-Encore un instant
Crédit photo : LIONEL RICHEBÉ

Rire ! Rire en se disant parfois que les répliques ne sont pas taillées dans la dentelle. Rire en se disant que l’argument est tiré par les cheveux… Mais rire ! Cela fait tellement de bien !

« Le Canard à l’orange » (1) est une pièce britannique dont le titre original est « The Secretary Bird ». Elle fut composée par un homme remarquable, une forte personnalité, officier pendant la deuxième guerre mondiale et qui passa en cour martiale parce qu’il refusa de participer au bombardement du Havre. Traduite en français par Marc-Gilbert Sauvajon, elle fut notamment jouée par Jean Poiret et par Michel Roux.

Aujourd’hui, c’est Nicolas Briançon qui la met en scène et interprète le rôle d’Hugh, animateur à la BBC, séducteur sans scrupule. Un soir, il coince sa femme, Liz, et lui fait avouer qu’elle a cédé au charme d’un bellâtre belge avec qui elle doit fuir en Italie. Chevaleresque, le mari propose d’inviter son rival et aussi sa secrétaire et imagine un stratagème pour prendre à son compte les torts du divorce…

On ne vous « divulgâche » rien (comme disent les Québécois). Tout est posé rapidement. Le canard est celui que la gouvernante, Mme Gray, tente de faire cuire. Sophie Artur compose un personnage raide et rêche avec esprit. La secrétaire d’Alice Dufour est craquante. Anne Charrier, l’épouse, élégante dans les beaux atours de Michel Dussarat, est très juste, sincère au cœur du délire. François Vincentelli, cocasse, tient bien sa partition. Tandis que Nicolas Briançon, avec son Hugh qui boit sec, mène la danse comme il met en scène : allègrement !

Madame et son fantôme

Autre occasion de rire, « Encore un instant » (2)de Fabrice Roger-Lacan, dans une mise en scène ferme et rapide de Bernard Murat. L’intrigue puise dans le fantastique : une comédienne, Suzanne, Michèle Laroque, a perdu son mari un an auparavant. Mais il est toujours là et elle ne cesse de s’entretenir avec lui. C’est François Berléand qui fait des étincelles, tout en étant toujours, partition oblige, en retrait. Un jeune voisin amoureux, Vinnie Daugaud, la harcèle. Un auteur, Lionel Abelanski, lui aussi très séduit, veut absolument qu’elle sorte de sa retraite pour jouer une de ses pièces.

N’en disons pas plus : laissez-vous faire et même si la comédie est un peu facile, sinon faible, la qualité du jeu efface toute résistance. Les interprètes sont épatants. Michèle Laroque est piquante et touchante, Vinnie Daugard, parfait. Lionel Abelanski en rajoute à plaisir, comme le veut son personnage, et l’on rit beaucoup. Parfois le ton se fait plus grave et les scènes sentimentales entre l’époux fantôme et la belle sont très émouvantes. Répétons-le, François Berléand est exceptionnel, qui donne du brillant à la moindre réplique. Un immense acteur. Et l’on rit, et l’on rit…

 

(1) Théâtre de la Michodière, 1 h 50 sans entracte.
Tél. 01.47.42.95.22, www.michodiere.com

(2) Théâtre Édouard-VII, 1 h 30 sans entracte. Tél. 01.47.42.59.92, www.theatreedouard7.com

 

Armelle Héliot

Source : Le Quotidien du médecin: 9728