Il favorise la résilience

Plaidoyers pour le sport

Par
André Masse-Stamberger -
Publié le 17/12/2019

Le sport est bon pour la santé émotionnelle et favorise le développement de la résilience, tendent à démontrer Philippe Bouhours et Boris Cyrulnik, avec le concours d'une dizaine de spécialistes de différentes disciplines (psychologie, histoire, sociologie…).

Le sport c'est bon pour la santé. Un esprit sain dans un corps sain. Ces vertueux adages rendent en partie justice à une étonnante rencontre, celle de Philippe Bouhours, psychiatre spécialisé en thérapie cognitive, avec Boris Cyrulnik, l'homme de la résilience, dont on a lu récemment le remarquable « la Nuit j'écrirai des soleils » (Odile Jacob, 2019).

C'est avec beaucoup d'enthousiasme que ce dernier accepte de former un groupe de travail sur les bienfaits du sport, à la fois par amour du rugby et parce qu'il est sensible aux victoires de l'équipe de France et aux grandes passions collectives qu'elle déclenche.

Boris Cyrulnik analyse la figure du sportif vainqueur, considéré comme un héros, qui constitue selon lui un modèle grâce auquel le jeune garçon construit son identité (quid de la fille ?). Les grands sportifs sont les « héros de temps de paix », tels Zidane et Thierry Henry, ils constituent pour l'enfant « une image d'identification ».

L'image du fan de sport, avachi devant sa télé, une bière à la main, n'est pas forcément exaltante. Les auteurs en sont bien conscients, mais ils insistent sur l'origine sociale modeste des grands sportifs, qui montre justement la résilience à l'œuvre. De manière générale le sport, souvent traité à l'école comme une activité annexe, est lié à de nombreuses valeurs positives : apprentissage des normes sociales, dépassement de soi, santé… En bref, « à l'heure où le vivre ensemble est plus que jamais une nécessité, le sport est une solution ».

De manière générale, les auteurs montrent comment le sport permet de surmonter les grands traumatismes de l'existence, sa pratique se rapprochant d'une volonté adlérienne de dépasser les états dépressifs. Sur le simple plan de la santé, de nombreux travaux scientifiques illustrent son apport essentiel : il intervient dans la prévention de maladies comme l'hypertension artérielle et le diabète et accroît la durée de vie.

Mimétique de la guerre…

On aura compris que le sport a toutes les vertus, en particulier le football, « sport très emblématique » qui est régulièrement employé dans les programmes de réhabilitation sociale, même s'il est selon les auteurs « mimétique de la guerre ».

De fait, on peut et doit tempérer cet enthousiasme en se souvenant que les pires autocrates ont souvent utilisé le sport comme vecteur de leur propagande — les jeux Olympiques de Berlin de 1938 sont dans toutes les mémoires. D'ailleurs en affirmant que le football est mimétique de la guerre, les auteurs ne croient pas si bien dire. Le racisme, l'antisémitisme s'y donnent libre cours et il ne faut pas aller chercher bien loin pour y trouver des slogans et chants homophobes. La psychologie sociale y a puisé de nombreux exemples (voir à ce sujet le meilleur pamphlet anti-foot, « le Football, une peste émotionnelle », de Jean-Marie Brohm et Marc Perelman, 2006).

« Le sport n'est pas destiné seulement à rendre l'individu fort, adroit et hardi, mais il doit aussi l'endurcir et lui apprendre à supporter épreuves et revers » : propos qui émanent d'un certain Adolf Hitler (dans « Mein Kampf »).

« Sport et Résilience », sous la direction de Boris Cyrulnik et Philippe Bouhours, Odile Jacob, 192 p., 22,90 €

André Masse-Stamberger

Source : Le Quotidien du médecin