Au théâtre, « J’ai des doutes », d’après Raymond Devos

Passage de flambeau

Par
Armelle Héliot -
Publié le 07/11/2019

François Morel et Antoine Sahler reprennent leur spectacle hommage au grand homme de music-hall qui aimait jongler avec les mots et la musique.

François Morel dans l'empathie

François Morel dans l'empathie
Crédit photo : MANUELLE TOUSSAINT

C’est un moment drôle, doux, poétique et mélancolique. Un moment de partage entre artistes et public. François Morel et son partenaire essentiel, le pianiste Antoine Sahler, ont mis au point un spectacle d’hommage à Raymond Devos. C’est la productrice Jeanine Roze qui avait eu l’idée de cette création, en 2016, dix ans après la mort, en juin 2006, du génial fantaisiste. On emploie de grands mots, pour lui. Mais il les mérite hautement.

François Morel, que l’on ne présente plus, écoutait Raymond Devos à la radio, le regardait à la télévision. Étudiant en lettres à Caen, il avait pris des places pour applaudir « pour de vrai » le grand homme et, plus tard, il avait eu l’occasion d’écrire un texte en son honneur pour une émission de radio.

Nul mieux que Morel et Sahler, sans doute, ne pouvait aussi bien célébrer Raymond Devos, à la manière dont Jean Rochefort et Bruno Fontaine l’avaient fait pour Fernand Raynaud. Ils ont tout visionné, tout écouté et, après une première séance unique, un dimanche matin, au Théâtre des Champs-Elysées, le spectacle est né.

« J'ai des doutes » reprend le titre d’un des sketches célèbres de l’auteur. Certains textes ont été mis en musique, tels « Cœur » ou « Je hais les murs ». Devos, comme les hommes de music-hall, savait jouer de nombreux instruments. Ils sont d’ailleurs réunis dans sa maison-musée de Saint-Rémy-les-Chevreuse.

Le charme de cet hommage tient au talent des interprètes, à l’intelligence du développement et à la modestie des « passeurs ». Raymond Devos, qui était un homme assez imposant, était léger comme une plume sur les plateaux. C’est ce que retrouve François Morel, dans l’empathie. Une marionnette surgit un moment, étrange et bienveillante. Antoine Sahler est bien plus que l’accompagnateur, un partenaire impliqué et très subtil.

On passe un joli moment et l’on peut, aussi, s’amuser plus tard en relisant les chroniques de François Morel qui, chaque vendredi, un peu avant 9 heures, livre ses pensées sur France Inter. « Je n’ai encore rien dit » couvre la période 2017-2019 (illustrations de François Boucq, Denoël, 19,90 €). Ce qui est réussi dans « J’ai des doutes », c’est que certains textes de Raymond Devos semblent se référer à notre monde même.

 

 

 

 

Théâtre La Scala, jusqu'au 5 janvier. Durée 1 h 30. Tél. 01.40.0.44.30, lascala-paris.com

Armelle Héliot

Source : Le Quotidien du médecin