Deux expositions à Paris

L'Orient, visions et fantasmes

Par
Caroline Chaine -
Publié le 24/05/2019
Art-Debat-Ponsan

Art-Debat-Ponsan
Crédit photo : DANIEL MARTIN

« L'Orient des peintres - Du rêve à la lumière » : au musée Marmottan Monet (1), la soixantaine de tableaux du siècle qui sépare Ingres de Klee et Kandinsky oscillent entre rêve et réalité, et montrent le mouvement qui mène par la lumière à une simplification des formes proche de l’abstraction.

Le fantasme d’Orient est né de l’expédition de Bonaparte en Égypte. Mais chaque artiste a son Orient. « La Petite Baigneuse » d’Ingres (1828) est imaginaire, ou plutôt conforme aux lettres de Lady Montagu, femme de l’ambassadeur d’Angleterre à Constantinople, qui avait été admise dans un hammam à la fin du XVIIIe. Delacroix, lui, a voyagé au Maroc et il y voit une antiquité contemporaine. Comme Chassériau, qui est allé en Algérie : le cadre est oriental mais les femmes restent sur le modèle classique. Ni l’un ni l’autre ne sont entrés dans un harem.

Jean-Léon Gérôme et Debat-Ponsan gardent le décor et les couleurs de leurs voyages en Égypte et à Istanbul et ils collent littéralement des odalisques à la peau laiteuse sur des marchés aux esclaves en Égypte ou dans un hammam. Fromentin et Guillaumet – auquel rend hommage La Piscine de Roubaix (2) – vont jusqu'à l’éblouissement dans leur observation du paysage, qui aboutit à une géométrisation des formes. Mais ils sont aussi des écrivains avec une vision ethnologique, les figures humaines sont donc plus conformes à la réalité.

Marquet associe géométrie et couleur alors que Renoir, à Alger, se laisse complètement envahir par elle, ce qui l’écarte aussi du réalisme. Matisse et Émile Bernard s’attachent aux décors et aux costumes. En Tunisie l’épure du motif est la voie de Klee et Kandinsky, le premier dans une approche mystique, le second avec l’utilisation des couleurs pures. Ils se rapprochent de l’abstraction. Vallotton ne garde que la pose dans le bain turc sans aucun motif orientaliste. L’Orient a disparu.

La Fontaine vu de Lahore

À la même époque, à Lahore (alors en Inde, aujourd'hui au Pakistan), le peintre Imam Bakhsh illustre entre 1837 et 1839 de 60 miniatures les Fables de La Fontaine à la demande du baron de Conches du ministère des affaires étrangères pour en illustrer l’édition Didot de 1827. Il les transpose de manière insolite dans des paysages locaux et poétiques. À voir au musée Guimet (3) avec l'exposition « Fables d'Orient, miniaturistes, artistes et aventuriers à la cour de Lahore », jusqu’au 27 mai.

Dans le même musée, jusqu’au 20 mai, « Infinis d'Asie », les photographies de l'autodidacte Jean-Baptiste Huynh, né en France en 1966. Pour lui, « notre image ne nous appartient pas et n’existe que dans le regard de l’autre ». Les visages sont sereins, mystérieux, rayonnants, quel que soit le passage du temps.

(1) Jusqu’au 21 juillet, www.marmottan.fr
(2) « L’Algérie de Gustave Guillaumet (1840-1887) », jusqu’au 2 juin, www.roubaix-lapiscine.com
(3) www.guimet.fr

Caroline Chaine

Source : Le Quotidien du médecin: 9743