Adler à Paris, Matisse au Cateau-Cambrésis

Le réaliste et le novateur

Par
Caroline Chaine -
Publié le 27/01/2020

Deux visions contemporaines de la peinture. Celle réaliste de Jules Adler (1865-1952), grand peintre de la Troisième République sociale et politique, dreyfusard et admirateur de Zola, et celle innovante de Matisse (1869-1954), qui a marqué le XXe siècle.

Adler, « la Transfusion du sang de chèvre », 1892

Adler, « la Transfusion du sang de chèvre », 1892
Crédit photo : A. LEPRINCE/ADAGP

Au musée d'Art et d'Histoire du judaïsme (1), « Jules Adler. Peintre du peuple », une rétrospective avec près de 200 peintures, dessins, gravures et documents qui mettent en valeur l'observateur bienveillant d'une société en mutation.

Jules Adler est originaire d’une famille juive de Franche-Comté. Après des études à l’académie Julian, il rencontre son premier succès au Salon en 1892, avec « la Transfusion du sang de chèvre par le docteur S. B. » (la malade, atteinte de tuberculose, n’y survivra pas). Très vite qualifié de « peintre des humbles », il décrit avec beaucoup d’humanité le petit peuple des villes, les femmes épuisées par le travail (« les Las »), la soupe des pauvres, mais aussi les travaux des champs, ou les matelotes d’Étaples attendant le retour de la pêche.

Avec ses grands formats qui ont marqué pour plusieurs générations le monde du travail, il dénonce la misère et la dureté de la société industrielle. « La Grève au Creusot » (1899) rencontre un grand succès, tout comme ses représentations du travail dans les bassins houillers. De sa mission au front, à Verdun, en 1917, il rapporte des croquis des Poilus et des paysages ravagés. Interné à̀ Paris, en 1944, à̀ l’hôpital-fondation Rothschild, camp d’internement pour les juifs en attente de déportation, il a toujours ce regard bienveillant sur ses codétenus.

Avant le fauvisme

« Devenir Matisse "…Ce que les Maîtres ont de meilleur…"» : le musée Matisse du Cateau-Cambrésis, où il est né le 31 décembre 1869, célèbre les 150 ans du maître en s’intéressant à ses travaux de jeunesse de 1890 à 1911. De son enfance dans le Nord textile, il garde le goût des tissus, de leurs matières et de leurs couleurs. Il en rapportera de tous ses voyages. Alité pendant ses études de droit, il copie des chromos et décide de s’orienter vers la peinture plutôt que de poursuivre comme clerc d’avoué àSaint-Quentin.

À Paris, alors qu’il est dans l’atelier de Gustave Moreau, il découvre le Louvre et copie des antiques et les natures mortes de Chardin. Admirateur de Sisley, il part à la recherche de la lumière impressionniste en Bretagne, à Belle-Île, où il est accueilli par le peintre australien John-Peter Russel, ami de Van Gogh et qui a travaillé avec Monet sur la Côte sauvage.

En 1905, « Luxe, Calme et Volupté » annonce la révolution fauve. C’est le début de la reconnaissance. Gertrude Stein et son frère lui achètent des tableaux, « la Femme au chapeau », « Madame Matisse à la raie verte » ; il rencontre chez eux Picasso, à qui il fait découvrir de petites statues africaines qui auront leur place dans la naissance du cubisme. Après une brève tentative d’enseignement, sa décision est prise. Il sera peintre et « cherchera à̀ rendre ce que les Maîtres ne lui ont pas rendu ».

(1) Jusqu'au 23 février, www.mahj.org
(2) Jusqu’au 9 février, www.museematisse.fr

Caroline Chaine

Source : Le Quotidien du médecin