Víkingur Ólafsson

Le pianiste venu du froid

Par
Olivier Brunel -
Publié le 24/04/2020
Il y a trois ans apparaissait dans le paysage pianistique international un interprète venu d’Islande. Depuis, Víkingur Ólafsson n’a cessé de surprendre. Comme avec son dernier CD, qui associe Debussy et Rameau.
Le Glenn Gould de l'Islande

Le Glenn Gould de l'Islande
Crédit photo : UNIVERSAL MUSIC

Quatre albums parus sous l’étiquette jaune Deutsche Grammophon et une pluie de récompenses, prix et nominations (magazine Gramophon, BBC Awards, Opus Klassik, magazine Limelight, pour ne citer que les plus célèbres) couronnent déjà le pianiste islandais de 36 ans, qui a étudié à la Julliard School de New York, et que le « New York Times » a surnommé « le Glenn Gould de l’Islande ».

On avoue avoir été séduit par l’allure simple, modeste et concentrée de ce jeune homme aux allures d’elfe jouant chez lui, en chaussettes, Debussy et Rameau, et les expliquant au public mondial réuni virtuellement. C'était lors de la Journée mondiale du piano (Word Piano Day 2020), organisée par Deutsche Grammophon et relayée par la chaîne musicale Internet Medici TV le 28 mars, avec de nombreux pianistes du label confinés chez eux aux quatre coins du monde.

C’est en 2017, dans le plus improbable des programmes, les « Études pour piano » de Philip Glass, et avec le Siggi String Quartet, que Víkingur Ólafsson a débuté chez le plus célèbre et ancien des labels allemands, créé en 1898 et aujourd’hui, branche du groupe Universal Music.

Suivit un tapage médiatique, mais à peine les amateurs de piano s'étaient-ils tordu le nez devant Phil Glass qu'ils tombèrent sous le charme du deuxième album d'Ólafsson, entièrement consacré à Jean Sébastien Bach. Certes, ce ne fut pas la plus grosse vente de 2018 mais il défraya la critique et lança la carrière internationale de l’Islandais. Un programme Bach magnifiquement conçu (pièces courtes, quelques transcriptions célèbres) joué tranquille, plus « islandic cool » que « cold », avec une approche fraîche et sereine singulière.

On ne peut pas dire que les organisateurs de concerts français se soient précipités, à l'exception des Pianissimes, saison confidentielle de concerts, qui l'invitèrent à Paris dès 2017. Il a tout de même été convié à l’Auditorium de Radio France en février dernier pour la création française du « Deuxième concerto pour piano » de John Adams, sous la direction du compositeur.

L’album suivant a quelque peu décontenancé. Réalisé avec le concours de compositeurs de grand renom – Ben Frost, Hans-Joachim Roedelius, Hildur Guðnadóttir, György Kurtág et Riuyshi Sakamoto –, « Bach Works & Reworks » fait subir toutes les variations possibles et les plus électroniques possible au « Prélude en sol majeur BWV 855a » de J.S Bach. Musique pour hipsters avec sa parution simultanée sur vinyle et digitale ? Affaire de goût, certes, mais travail collectif considérable.

Sur ce terrain, Víkingur Ólafsson a également enregistré la bande originale du film de Joe Wright « les Heures sombres ». Il a aussi fondé, en 2012, le Reykjavík Midsummer Music, un festival annuel de musique de chambre tenu dans la très spectaculaire Harpa à Reykjavík.

Deux frères musicaux

Et c’est encore une fois là où on l'attendait le moins qu’il est allé chercher la matière de son dernier album, dans le répertoire français. Claude Debussy et Jean-Philippe Rameau, deux compositeurs révolutionnaires, se font face et se répondent dans ce quatrième album – « comme un dialogue entre deux de mes compositeurs préférés », dit-il. Il ne s’agit pas d’un programme comme sur ces anciens 33 tours avec une face par compositeur. Les « deux frères musicaux, âmes sœurs, même si l’un a 180 ans de plus que l’autre » se répondent au fil des choix du pianiste. 28 pistes, une véritable playlist, une « impossible conversation », qui, de sa propre transcription du prélude de « la Damoiselle élue » de Debussy à celle des « Tendre plaintes », extrait des « Boréades » de Rameau, est un kaléidoscope de couleurs, d’humeurs et de portraits.

Un espoir : pouvoir entendre et voir ce prodigieux musicien jouer ce même programme au Théâtre des Champs-Elysées, où il est annoncé le dimanche 1er novembre à 11 heures.

 

 

Olivier Brunel

Source : Le Quotidien du médecin