Au cinéma, « Alice et le maire », « Atlantique »

Le monde en fables

Par
Renée Carton -
Publié le 03/10/2019

Un titre qui pourrait être celui d'une fable pour « Alice et le maire », savoureuse variation sur la façon de faire de la politique en France. Une approche de la question des migrations en forme de métaphore pour l'émouvant « Atlantique », avec passion brûlante et fantômes.

Celle qui reste (« Atlantique »)

Celle qui reste (« Atlantique »)
Crédit photo : AD VITAM

Luchini maire de Lyon, socialiste pour ne rien arranger, avec des ambitions nationales ! Face à lui, une jeune intellectuelle (Anaïs Demoustier). Faire un film sur les idées politiques, aujourd'hui, un quart de siècle après Rohmer, il fallait oser. Et le réussir, encore mieux. C'est « Alice et le maire », deuxième long métrage de Nicolas Pariser.

Beaucoup passe, on le devine, dans les dialogues, le ping-pong verbal. Mais il n'y a pas que ça. Un scénario qui fait avancer l'action (l'évolution du personnage principal, jeune femme de 30 ans qui se pose des questions sur son avenir). Et des ambiguïtés, essentielles.

On rit des références et il n'est pas interdit de tirer quelques leçons de cette fable intelligente sur le désarroi de la gauche, très lointainement inspiré de « l'Homme sans qualité ». Par exemple sur la modestie ! Luchini est à son affaire, bien sûr, et Anaïs Demoustier parvient à éloigner son personnage de la caricature de l'intellectuel.

Dakar et ses fantômes

De la politique il y en a aussi, d'une certaine manière, dans « Atlantique », l'impressionnant premier long métrage de la Franco-Sénégalaise Mati Diop, lauréat du Grand Prix du jury à Cannes. Où, pour une fois, il est question non de l'immigration mais de l'émigration, pour parler des raisons de ceux qui quittent leur pays et de la détresse et des combats de ceux qu'ils abandonnent.

Au centre de l'histoire, deux jeunes gens qui s'aiment. Lui travaille sur un chantier dont les ouvriers ne sont pas payés depuis trois mois ; elle est promise en mariage par sa famille à un autre homme. Nous sommes au bord de l'Atlantique, dans un quartier populaire de Dakar où la vie est difficile, et la tentation est celle de l'évasion par la mer, pour aller chercher un avenir moins fermé.

On n'en dira pas plus. La jeune réalisatrice maîtrise son sujet et sa caméra, n'hésitant pas à enrichir son récit d'épisodes oniriques, voire fantastiques. Et, accessoirement, l'héroïne (Mamé Sané) est très belle.

Et aussi

« J'irai où tu iras », pour le plaisir de retrouver le duo de « Tout ce qui brille », Géraldine Nakache (également à la réalisation) et Leïla Bekthi, deux sœurs (l'une chanteuse choriste, l'autre thérapeute) qui se retrouvent.

Will Smith en assassin poursuivi par un double plus jeune, dans « Gemini Man », d'Ang Lee, de l'action avec moult effets spéciaux à voir éventuellement en 3D.

Charles Aznavour par lui-même dans « le Regard de Charles », montage, commencé par le chanteur avec Marc Di Domenico, de séquences filmées par lui, depuis qu'Edith Piaf lui avait offert sa première caméra, en 1948.

Cinéaste, auteur de BD, écrivain, « gourou » aux millions d'abonnés sur les réseaux sociaux, Alejandro Jodorowsky propose « Psychomagie, un art pour guérir », un documentaire qui évoque, exemples à l'appui, sa « méthode » pour surmonter les traumatismes.

Renée Carton

Source : Le Quotidien du médecin