Expositions photos à Paris et Marseille

Le Brésil des Yanomami, la mode de l'entre-deux-guerres

Par
Caroline Chaine -
Publié le 17/02/2020
Lorsque la photographie vous emmène vers d'autres horizons. Au Brésil avec Claudia Andujar, qui défend les droits des Yanomami (Fondation Cartier, Paris). Dans l'univers de la mode avec le surréaliste Man Ray (musée Cantini, Marseille).
Chez les Yanomami, 1974

Chez les Yanomami, 1974
Crédit photo : CLAUDIA ANDUJAR

À Paris, à la Fondation Cartier, « Claudia Andujar, la lutte Yanomami » (1). Née en 1931, d'origine suisse et juive hongroise, Claudia Andujar passe sa petite enfance en Transylvanie puis fuit en Suisse pour échapper aux persécutions nazies et émigre aux États-Unis après la guerre. Elle s'installe au Brésil en 1955 et commence une carrière de photojournaliste.

Participant en 1971 à un reportage sur l’Amazonie, elle y rencontre les Indiens Yanomami et décide d’approfondir leur culture grâce à une bourse de la Fondation Guggenheim. Elle réalise des portraits, s’attache à leurs rituels et, pour rendre leurs visions chamaniques sous hallucinogènes, utilise différentes techniques permettant d'obtenir des distorsions visuelles (pellicule infrarouge, vaseline sur l'objectif…). Elle leur propose aussi de dessiner ce qu’ils ressentent, associant ainsi sa vision à leur ressenti.

À la fin des années 1970, le gouvernement brésilien décide d’ouvrir la route transamazonienne. La photographe s’associe avec un missionnaire et un anthropologue pour demander qu’un territoire protégé soit attribué aux Yanomami. D’artistique, son travail devient documentaire. Les épidémies se développent le long des routes, elle photographie les Indiens lors des campagnes de vaccination. Ils sont sans papiers d’identité et se voient attribuer un matricule, ce qui évoque pour elle le génocide qui a décimé sa famille. En 1992, le territoire des Yanomami est reconnu, ce qui n’empêche pas la progression de la déforestation et l’arrivée de chercheurs d’or.

« Genocide of the Yanomami : Death of Brazil (1989/2018) », qui clôt l’exposition, est un montage de ses archives rephotographiées à l’aide de filtres et d’éclairages divers, sur une bande-son de chants Yanomami.

La photo de mode révolutionnée

À Marseille, au musée Cantini, « Man Ray et la mode » (2). Le Man Ray surréaliste est aussi photographe de mode (Poiret, Schiaparelli, Chanel, les grands magazines de mode) et il impose un nouveau style dans l’entre-deux-guerres. Ses recadrages, jeux d’ombres et de lumière, solarisations, colorisations révolutionnent le genre et enrichissent sa pratique. Le regard de détresse d’un seul œil de sa fameuse photo « Larmes » est issu d’une publicité. De documentaire, la photo de mode est devenue art.

Le Château Borély (musée des Arts Décoratifs, de la Faïence et de la Mode) évoque en écho l’évolution de la mode à cette époque. De courtes, droites et flottantes dans les années 1920, les robes deviennent longues et ajustées avec les plus grands couturiers du temps, Chanel, Jeanne Lanvin, Molyneux, Jean Patou, Paquin, Paul Poiret, Elsa Schiaparelli, Madeleine Vionnet.

(1) Jusqu'au 10 mai, fondationcartier.com

(2) Jusqu’au 8 mars, culture.marseille.fr/les-musees-de-marseille

Caroline Chaine

Source : Le Quotidien du médecin