« Parasite » et autres films de la semaine

L'allégorie des inégalités

Par Renée Carton
Publié le 06/06/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
Cinéma-Parasite

Cinéma-Parasite
Crédit photo : CJ ENM CORPORATION, BARUNSON E & A

Dans la sélection de haute volée du festival de Cannes 2019, la palme d'or a fait l'unanimité, même si l'on peut regretter que Pedro Almodovar, avec « Douleur et Gloire », n'ait été récompensé que par l'intermédiaire de son émouvant interprète, Antonio Banderas.

Sur les écrans français depuis hier, « Parasite », le 7e film du Sud-Coréen Bong Joon Ho, de retour dans son pays après des productions internationales à budgets conséquents (« Snowpiercer », « Okja »), coche toutes les cases, sur la forme comme sur le fond.

De son scénario à rebondissements, on devrait en dire le moins possible. D'un côté une famille pauvre qui vit d'expédients dans les bas-fonds de Séoul ; de l'autre, sur les hauteurs, des riches (le père dirige une société d'informatique) et leur gouvernante. Bien sûr, les deux familles vont se rencontrer et c'est déjà trop dévoiler que de parler de tragicomédie. Car Bong Joon Ho intrique étroitement plusieurs genres, manie l'humour noir et le suspense pour une satire sociale qui parle à tous.

L'amour à Taïwan

L'Asie encore, avec « l'Autre Continent », pour une histoire d'amour dont la première partie, lumineuse, se passe à Taïwan. Romain Cogitore, 34 ans, qui signe son deuxième long métrage après « Nos résistances », en 2011, revisite d'une certaine manière le thème de « Love Story ». Mais on est loin du mélo classique, et c'est heureux, avec des particularités, des « bizarreries », même, selon le cinéaste, lequel nous entraîne sur plusieurs pistes à la fois.

Maria (Déborah François, étonnante) et Olivier (Paul Hamy) se rencontrent à Taïwan, où ils guident des touristes en plusieurs langues (lui en parle 14 !). Quelques réflexions sur la mémoire et le langage plus tard, ils s'aiment. Et puis cela déraille… Le récit chemine par à-coups, parfois à la limite de la vraisemblance, tenant par la force des deux personnages et des acteurs. Difficile de ne pas être touché. En prime, Vincent Pérez, médecin hospitalier sans doute atypique.

Et aussi

Parmi les nouveaux films, « Piranhas », de Claudio Giovannesi, sur les « baby gangs » de Naples, d'après le livre de Roberto Saviano. La réflexion toujours particulière d’Alain Cavalier, qui, dans « Être vivant et le savoir », évoque la fin de vie, à travers son amie l'écrivaine Emmanuelle Bernheim, décédée en mai 2017, et le film qu'il devait tourner avec elle sur la mort du père de cette dernière. Un film suisse, « les Particules », de Blaise Harrison, sur les phénomènes mystérieux observés par un lycéen qui vit tout près du LHC, le plus grand accélérateur de particules au monde. Côté blockbuster, les superhéros de la semaine dans « X-Men : Dark Phoenix ».

Les amateurs de découverte iront à la Cinémathèque, qui propose jusqu'au 12 juin, la sélection de la Semaine de la critique à Cannes. Dont le prix SACD et Caméra d'or, « Nuestras Madres », de César Diaz, sur les victimes de la guerre civile au Guatemala (le 8 juin), et le Grand Prix Nespresso, « J'ai perdu mon corps », de Jérémy Clapin, film d'animation sur une main tranchée qui part à la recherche de son corps (le 9 juin).

Signalons aussi la sortie en DVD de « l'Ordre des médecins » (Pyramide Vidéo), avec de nombreux bonus, dont un entretien avec le réalisateur David Roux, et une rencontre avec Céline Lefèvre, philosophe de la médecine.